La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Aubade
TA délicieuse altesseVeut-elle accepter mon bras ?Nous irons où tu voudras ;Tout avec toi m’est liesse ;Tu verras comme aujourd’huiLe ciel est épanouiEt plein de délicatesse.
Tout semble bon à manger ;Dans l’air amoureux et moiteQuelques nuages d’ouateFloconnent, troupeau légerQui traîne sa marche lenteSous la garde vigilanteD’un invisible berger.
Ouvre tes claires mirettes,Mes deux étoiles du jour ;Et regarde tout autourDe toi ces blanches fleurettes :On ne sait pas tout d’abordSi c’est de la neige encor,Ou déjà les pâquerettes.
C’est le Printemps. Ô printemps !Aux tempes toujours fleuries ;Je l’entends dans les prairiesRire avec toutes ses dents, –Ô vieillard à barbe blonde,Aussi ridé que le monde,As-tu donc toujours vingt ans ?
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources