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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde

L’idole

Raoul Ponchon· 60 vers

… Il n’y a rien, ô idole, de plus
précieux que la vie : Eh bien ! tu m’es
cent fois plus précieuse qu’elle.KHÉYAM.

IMPÉRATRICE de mon cœur,Reine de moi, ma bien-aimée,Ineffable et divine fleur,Toi dont ma vie est affamée,

Seul guide de mes actions,Va, je ne crois pas que tu aiesAucunes imperfections,Mon amour les ayant tuées.

Or, aujourd’hui que la bontéÉmane de toutes les chosesEt fait pâmer de voluptéLe cœur des femmes et des roses,

Que la terre entière et les cieuxChantent comme une même lyre,Toi seule, ô gloire de mes yeux,Pourquoi ne veux-tu pas sourire ?

Vois, dans l’air de myosotisRègne une candeur infinie :Si tu m’es farouche, ô mon lis,Tu troubleras cette harmonie.

Tu sais bien pourtant que ta voixEst ma plus suave musique,Et que l’instant où je te voisEst ma distraction unique.

Tu sais bien que tes yeux de cielSont mes vivantes pierreries,Et que je cueille tout mon mielSur tes belles lèvres fleuries ;

Qu’auprès de ces rouges rubisTout rubis me paraît exsangue ;Que les paroles que tu disSont les plus claires de ta langue ;

Tu sais qu’amoureux de tes pasLe jour est pour moi sans lumière,Quand tes regards ne brillent pasDe leur tendresse coutumière ;

Que tu me grises sans merci,— Ô toi dont la grâce est l’esclave,De tes chers baisers, frais ainsiQue le vin qui sort de la cave ;

Tu sais que la nature en vainFait parade de ses merveilles,Si tu me laisses avoir faimDe tes chairs blondes et vermeilles ;

Que par un seul de tes cheveux,— Comme un chien que l’on mène en laisse —Tu peux me conduire où tu veux,Dompté par ta seule faiblesse.

Comment puis-je te désarmer,Moi qui par ton souffle respire,Moi qui suis roi rien qu’à t’aimer,Poète rien qu’à te le dire ?

Sache donc, mignonne, le cœurInséparable du mot j’aime,— Ainsi le parfum de la fleurN’est rien autre que la fleur même.

Ah ! je vois bien que tu m’entends,Car dans ta bouche minusculeDéjà le rire de tes dentsAllégrement tintinnabule.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources