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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse gaillarde, 1876‑1924· Les belles paroles

Fleurs

Raoul Ponchon· 40 vers

TON œil ne peut saisir les fleurs que tu fais naîtreQuand tu daignes fouler le sol ;Il faut avoir mon cœur, vois-tu, pour les connaîtreIl faut t’aimer d’un amour fol.

Elles soûlent mes yeux et je puis te les dire ;J’en connais le parfum aussi ;Il est plus inouï que tout ce qu’on respire,Si tu veux leurs noms, les voici :

Ce sont d’abord des lis d’une blancheur suprêmeTels qu’il ne s’en trouve qu’aux cieux,Élégants comme toi, purs comme ta chair mêmeEt comme toi délicieux ;

Ce sont de fins muguets dont les clochettes blanchesPareilles à tes claires dentsTintinnabulent comme en Avril, dans les branches,Le rire argentin du Printemps ;

Ce sont des liserons, ce sont des églantines,Des pavots qui vont s’embraser,Et des roses pompon aux bouches enfantinesQui te réclament un baiser ;

Ce sont des boutons d’or et puis des chrysanthèmes,Des pervenches et des barbeauxAussi bleus que tes yeux qui le sont plus eux-mêmesQue le ciel : pense s’ils sont beaux !

Des menthes, des œillets et de la marjolaine,Des parfums de toute saisonQui mettent sur ma lèvre un peu de ton haleineEn me prenant de ma raison ;

D’ardents coquelicots, de sourdes scabieusesQui veulent des mains de veloursPour les cueillir ; fleurs qui, de ta grâce envieusesOnt près de toi des gestes lourds.

Ainsi comme l’on voit à la naissante auroreCroître une à une les couleurs,De même on voit germer et se hâter d’écloreSur ton chemin toutes les fleurs.

Mais la terre aussitôt redevient morne et nueQuand tu n’y poses plus tes pasBienfaisants ; ce n’est plus pour moi qu’une inconnue :Rien ne fleurit où tu n’es pas.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources