La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Réponse à la jolie parisienne
Mon cœur ni mes sens ne sauraient
voir un homme dans quelqu’un qui n’a
ni cœur ni esprit.UNE JOLIE PARISIENNE.
CERTES, mademoiselle…Jeune femme ou pucelle,Marquise ou margoton,Je ne tiens pas pour femmeUn être mixte, infâmeQui n’a pas de tétons.Prends cela pour ton rhume.Et ce léger morceauNe sort pas de ma plume,Mais d’un très gros volumeSigné : Ji-Ji Rousseau.Là-dessus tu m’engueulesComme deux dames seules ;Et je ne suis qu’un sot.Je serai donc un sotEn belle compagnie.Encor que je le nie.
Ainsi me voilà frit :Je ne suis pas un hommeN’ayant cœur ni esprit :Vous dites cela commeSi Dieu l’avait écrit !Pas d’esprit — je l’accorde,On me l’a dit déjà.Je ne vais pas pour çaCrier miséricorde.Mais, pas de cœur, holà !Pas de cœur, moi, madame,Parce que je réclameDes tétons pour la femme !Assurément il fautQu’ils vous fassent défaut.Vous en parlez à l’aiseComme une vieille Anglaise.Que si vous en aviezVous nous les montreriez.Ou bien ils sont infimesComme des cornichons,Comme vous anonymes,Ô Femme sans nichons !Allons, vous voulez rire,Ou vous ne savez lire.Car vous auriez pu voirEn mon dernier crachoir,Ma belle demoiselle,Que je m’apitoyaisPrécisément sur cellesChez qui je n’en voyais.
Pour vous, chère madame,La femme est toujours femmeSans le nichon vainqueur,Pourvu qu’elle ait du cœur.Quant à moi, je le clame,C’est une opinionQui nous vient d’Albion.Je clame et je réclame.Nous sommes des cochonsPour vouloir des nichons !Nous sommes sans espritPour les vouloir fleurisEt nous sommes sans cœurPour les vouloir vainqueurs !Du cœur c’est beau sans doute…Le nichon, somme toute,N’a rien de bien hideux.Et vous pourriez, madame,Être encore plus femmeEn possédant les deux.
68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources