La muse gaillarde, 1876‑1924· La muse gaillarde
Idylle royale
ELLE était girondeAllemande et blonde.Il était giron,Natif de Belgique,Châtain, énergique,En somme, un luron.
Elle était princesseEt royale altesseAu pays saxon.On pouvait la croire,Avant cette histoire,Heureuse à foison.
Ah ! qu’on ne s’y fie !Si déjà la vieDes cours est rasoir,À la cour de Saxe,L’ennui vous malaxeDu matin au soir.
Lui, professeur blêmeDe sa langue mêmeÉtait sans emploiLorsque la personneCi-dessus saxonneLui dit : « Viens chez moi.
« J’ai depuis mes nocesTrois ou quatre gosses ;Tu leur montrerasLa tienne de langue ;Encore qu’exsangue,Ça les distraira. »
Comme eût fait quiconque,Il accepta. DonqueDès le lendemain,Entré dans la place,Il faisait la classeAux royaux gamins.
Bientôt la princesseÀ côté sans cesseDu beau professeur,Le prit pour son maître,Croyant reconnaîtreEn lui l’âme sœur.
La petite fêteN’eût été parfaite,Rapport à l’époux :« Oh ! partons, dit-elleMon giron fidèle,Partons, voulez-vous ? »
« Mais, dit la sœur âme,Vos enfants, Madame… ? »Elle répondit :« Ils ne sont point vôtres,Nous en aurons d’autresFaisons-nous crédit. »
Là-dessus ils firentLeur malle et partirentSans longtemps moisir,Gagnèrent la Suisse,Seul coin où l’on puisseS’aimer à loisir.
Quant à sa couronneFuture et saxonne,Madame s’en fout.Lui, s’en fout de même.Et moi, Dieu suprême !Je m’en fous itou.
66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse gaillarde, Paris, ÉDITIONS RIEDER, 1939· numérisation wikisource.org· Sources