La muse vagabonde, 1876‑1924· Deuxième partie Saisons et paysages
Impression d’été
C’est un chaud pâturageOù plane le soleil,Qui boit tout le courageEt verse le sommeil.
Au son des flûtes douces,Des chalumeaux légers,Couchés parmi les moussesY rêvent les bergers.
L’ombre fine des arbresQu’agitent les zéphyrsSur des flancs nus de marbresFait trembler des saphirs.
Les gaîtés écolièresDes merles, des pinsons,Comme des volièresAniment les buissons.
Tandis que tant est -tendreLa chanson du ruisseau,Que Ton croirait entendreLe babil d’un oiseau.
L’air enflammé tremblote.Comme une odeur de thymEt de verveine y flotte,Cependant qu’au lointain
Et sous un ciel de joieL’opulente moisson,Comme un tapis de soie,Se moire à l’horizon.
Tels des flots sur les plagesEn bonds capricieux,Des ouates de nuagesÉcument dans les cieux.
Et la lune mi-pleine,D’une exquise pâleur,Semble un flocon de laineDétaché d’une fleur.
Elle éclôt et se pâme,Et l’on dirait que c’estUn sein nacré de femmeQui jaillit d’un corset.
1888
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources