La muse vagabonde, 1876‑1924· Deuxième partie Saisons et paysages
Chanson de printemps
Alerte ! alerte !Les bois, les champsSont pleins de chantsEt d’herbe verte.
Le gai PrintempsArrive. Il poseSon pied de roseSur les autans.
Un doux mystèreVa s’accomplirEt tôt remplirToute la terre.
Quoi ! ce beau tempsNe te redonne-t-il pas, mignonne,Tes chers vingt ans ?
De ta fenêtreOy le babilDu jeune AvrilQui vient de naître.
Vois-tu, ma reine,Il faut allerNous trimballerEn des Suresne,
En des Chatou,En des Joinville,Des ChatnoirvilleOu, n’importe où
Propre aux bitures,En bord de l’eau,De picoloEt de fritures.
Tu m’aimerasA la desserte,En tous cas, certe,Me le diras.
C’est ton affaire.Pour quant à moi,Sans plus d’émoiJe ne puis faire
En ce beau jourD’effort pour croireA d’autre histoireQu’à ton amour.
Vieille romanceTu la connais,Et d’ailleurs c’estSans importance :
Car, Dieu merci !Lorsque moi-mêmeJe dis : je t’aimeJe mens aussi.
1894
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources