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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse vagabonde, 1876‑1924· Deuxième partie Saisons et paysages

Notes de voyage

Raoul Ponchon· 68 vers

Afin d’éviter la cohueQui vous tohue et vous bohueAux environs de la Noël.Moi parti sous un autre ciel,Avec un mien ami lequelMe conduisit d’abord en Bâle.Pourquoi Bâle, ville très pâle !Je ne sais. En chemin de ferVoilà-t-il pas Sheurer-Kestner ?Nous le lâchâmes à MulhouseTout comme un simple BottonglouseHeureusement. Donc Bâle. Rhein.Belle église. Musée Holbein.Suisses nuls. Bergères quelconques.O Seigneur, ne les revoir onques !Boires et mangers condamnables.Et des cigares infumables.Jour de Noël. Minuit. Nuit noire.Tout fermé, c’est à n’y pas croire.Pas un litre. Pas un bouillon.C’est dur, ça, pour un réveillon.Rentrés à l’hôtel en-couvonsOù mon ami, Dieu me pardonne,S’est consolé avec la bonne.Le lendemain une baladeDevers le grand-duché de Bade,A deux pas. Douaniers badois.Ces cochons vouloir-t’y pas prendreMes cigares avec leurs doigts.Leur ai dit merde en bon françois :Il ne s’agit que de s’entendre.Lâché Bâle de deux crans pourAller rigoler à Strasbourg ?Strasbourg. Que dire de Strasbourg,Sinon ce qu’en dit la chanson :« Straspurg est un’ ponn’ carnissonn’Macach’ trafail, bezef portionn’… »Une très belle cathédraleC’est l’opinion générale.Allemandes infanteries.De très surfaites brasseries :Piton, Luxhof et SchneiderBeaucoup de Wagner, de Muller.Bière passable. Sexe guère.« A la guerre comme à la guerre »,Dit mon ami, Dieu me pardonne !Qui s’éprit encor d’une bonne.Quitté Strasbourg. Metz ! ô douleurD’incessantes infanteriesAllemandes. Versé un pleurSur les revers de ma patrie.Après un voyage énergiquePassé tout de suite en Belgique.Bruxelles est un peu plus chrétien.Les Belges n’y riment à rienMais chez eux l’on mange très bien.On boit de même. Ça me va.Je viendrai finir mes jours là.Par exemple, l’on me vantaLeurs cigares qui sont très beaux,Mais autant fumer des copeaux.Le sexe m’y semble un peu lourd.Mais mon ami, féru d’amour,Me tint un différent discours.Je l’ai surpris, Dieu me pardonne !Encor dans les bras de la bonne,Dans l’host où tous deux descendus.S’il continue, il est perdu…

1898

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources