La muse vagabonde, 1876‑1924· Deuxième partie Saisons et paysages
Nouvel an
I
Hivers, printemps, étés, automnesQue monotonesVous êtes, les quatre saisons !C’est toujours aux mêmes époquesMêmes chansons,Aux mêmes cieux, mêmes défroques.
Quand ne brille pas le soleilClairet vermeil.C’est cette fadasse de Lune :Ou bien encore tu ne voisNi l’un ni l’une, ;Ou tu vois les deux à la fois.
L’heure succède à l’heure, et l’heureN’est pas meilleure.Tout est d’intérêt dépourvu,Et chaque chose a quelque choseDe déjà vu,Voire de digéré — si j’ose.
II
O nuits ! que fleurissent les rêves,Ces fleurs si brèves !O matins frais et parfumés !Roses de la naissante Aurore,Avrils et Mais,Midis éclatants et sonores !
Voyez avec quelle scienceLa providenceDiversifia les saisonsEt leur harmonie infinie !C’est là, disons,Ni plus ni moins que du génie,
Ainsi fleurit, après l’hiver,Le printemps vert :Après l’été doré, le digneEt rouge automne dont le chefEst ceint de vigne,Et c’est l’hiver blanc, derechef.
Et c’est toujours l’espoir immenseQuand l’on commence :Or sans me piquer de savoirQuelle sera sa destinée,Je crois devoirAugurer bien de cette année.
Car Dieu nous la fit un lundi,Je dis lundiQuand il pourrait, ne vous déplaise,La faire issir un vendredi,Et même un treize !C’est pourquoi faisons-lui crédit.
Donc à partir de cette année,La joie est née !Aux arbres pendent des jambons :Nous avons d’or nos caves pleinesEt de charbonsEt le vin coule des fontaines.
1922
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La muse vagabonde, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1947· Sources