Pommes d’ève, 1874· L’Attente
11. A Madame B
En lui envoyant Prima Verba
Vous verrez en lisant ces vers gais et morosesQue, papillon chercheur d’azur libre et de roses,Je n’ai pas eu besoin d’aller haut pour rêver ;Et que j’ai préféré seulement m’éleverA quelques pieds du sol, pour y puiser, madame,Mon miel le plus pur, aux lèvres de la femme.Ne vous étonnez pas, car vous avez en vousCe don mystérieux qui met l’homme à genoux !Vous êtes la bonté, la grâce et la souffrance ;L’être faible et charmant, la chanson d’espérance ;L’enfant qui vient jeter des fleurs sur le chemin ;Et ce je ne sais quoi de doux, de plus qu’humain !— Vous valez mieux que nous, blondes têtes penchées,Nous passons à côté de vos peines cachées,Joyeux et sans pitié ; puis quand, tristes, mauvais,Nous pleurons près de vous, vous autres, vous trouverLe baiser qui parfume et le mot qui console ;Vous avez à vos fronts une pure auréoleDe bonheur et de paix, et si naguères DieuFit l’homme de limon, il vous fit de ciel bleu !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources