Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
35. A Madame B
A l’heure où, langoureuse et la tête inclinée,Avec votre air souffrant, charmante, environnée,Vous cherchez le soleil pour rire et converser ;Tandis que sur vos pas, fébrile dans son zèle,La foule, tout à coup murmurant : « Qu’elle est belle ! »S’écarte et vous laisse passer.
Oh ! savez-vous qu’alors, dans cette foule en fête,Il est peut-être un homme, une âme de poète,Qui vous aime, qui souffre et qui se tait pourtant ;Et qui, lorsque la nuit fait la ville assoupie,Sans qu’on puisse le voir, ignoré, vous épie,Caché dans l’ombre et palpitant !…
Non ? vous n’en savez rien, car en vous tout est joie ;Le malheur, plein d’égards, s’enfuit s’il vous coudoie ;Quand les pleurs ont mouillé votre œil limpide et doux.C’était pour un ruban, pour quelque folle envie…Et vous êtes, d’ailleurs, si belle, si ravie,Que l’on peut bien pleurer pour vous !
Pau, 1870.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources