Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
34. Sonnet
A Madame E. de P. R.
J’ai vu donjons massifs, frêles clochers gothiques ;J’ai vu Hoorn et d’Egmont ensanglantés, mais fiers ;Le vieux Bruge endormi, Notre-Dame d’Anvers,Et ses beaux Christs mourants, dans leurs cadres mystiques.
J’ai vu les anciens jours, savants et fanatiques ;Jean de Witt, Barnevelt, Erasmus et Ruyters.Aux parvis des beffrois qui montent dans les airs,J’ai vu du sang. J’ai vu des ombres fantastiques
Par delà le passé tout saignant, à traversSe pencher dans ma nuit ; et par delà les mers,L’Espagne et les vaisseaux de Tromp à toute voile,
J’ai vu gentille sœur assise à son foyer,Et dont le doux regard sur mon front vint brillerComme un rayon perdu d’une lointaine étoile.
Amsterdam, mars 1873.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources