Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
39. A Madame M. D
Hier je te regardais pendant notre délire ;Une douce pudeur à ton front rayonnait.Pleinement au bonheur ton corps s’abandonnait,Et dans les cieux ouverts tu prenais ton sourire.
La volupté s’épure aux étreintes de feu.Il est parfois, il est de ces heures étrangesOù l’amour porte en lui la chasteté des anges :Satan devient sublime et prend le pas sur Dieu !
Les vierges au doux front, sous leurs pudiques voiles,N’ont pas cette candeur de ton fol abandon.Tes flancs se débattaient sous la dent du démon,Et tes Yeux noirs semblaient s’irradier d’étoiles ;
Sur ta lèvre mon nom sans cesse revenait,Et ton souffle mourait léger comme un zéphyre…Hier je te regardais pendant notre délire ;Une douce pudeur à ton front rayonnait.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources