Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
45. « Allons, va-t’en mon livre, et marque un peu de joie »
A Mademoiselle E. L. En lui envoyant Prima Verba
Allons, va-t’en mon livre, et marque un peu de joie :Toi qui hais les rhéteurs et qui fuis le badaud,Ce n’est pas au logis d’un critique lourdaud,Mais au nid d’une blonde enfant que je t’envoie !
Ce ne sont pas deux mains sèches qui t’ouvriront,Mais deux petites mains patriciennes et vives,Et tu verras penchés sur tes pages pensives .O mon livre, deux yeux de vierge au chaste front !
Si l’on t’ouvre, dis-lui d’une voix basse et tendre,Qu’elle est belle, d’abord ; dis-lui le pays bleu,Les rêves de quinze ans et le premier aveuQui couvre de rougeur, mais qu’on laisse surprendre.
Fais la sourire ; et puis, songeur capricieux,Fais couler sur sa joue une larme discrète ;Tu le sais, nul bravo n’est plus doux au poèteNi plus bruyant pour lui qu’un pleur silencieux !
Et comme il faut tirer profit de toute chose,Tandis que tu seras par ses doigts feuilleté,Dérobe un peu de charme à sa jeune beauté,Prends un peu de parfum à l’ombre d’une rose.
1872.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources