Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
46. « Je te permets d’aller ce soir à cette fête »
A Madame M. D.
Je te permets d’aller ce soir à cette fête,Mais tu n’accorderas à personne un regard,Tandis que tu feras rêver plus d’une tète,Songe à moi qui t’attends, dis-toi qu’il se fait tard.
Ne valse pas surtout, car la plus chaste femme,Quand la valse en son vol l’emporte avec ardeur,Souvent à son insu donne un peu de son âme,Et presque toujours perd un peu de sa pudeur.
Ou plutôt non, j’ai tort, valse, sois recherchée ;Va montrer ta beauté ; vois-tu, j’ai le traversDe vouloir l’enfouir comme une fleur cachée,Va ; pendant ce temps, moi, je te ferai des vers.
Je ne pourrais te voir dans les bras d’aucun hommeSi j’allais à ce bal. Donc, pars seule aujourd’hui. —De nos bonheurs passés dont je ferai la somme,J’ai de quoi me créer un enivrant ennui.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources