Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
43. Ballade
Lorsque tous deux dans l’ombreNous devisions d’amoursEt qu’un silence sombreRégnait aux alentours,
Dis-moi, ma jeune dame,N’as-tu pas vu soudainQu’une secrète flammeFaisait trembler ma main ?
Et lorsqu’à la fenêtreLa riante PhœbéTout à coup vint paraîtreComme un rouge bébé,
Dis-moi ma jeune blondeAs-tu vu, sans affront,La rougeur vagabondeQui colorait mon front ?
Et quand la cathédrale,De sa voix de tocsin,Au bruit de la rafale,Mêla son cri d’airain,
Dis-moi, mon amoureuse,Te souvient-il qu’alorsTa main, ta main peureuseM’attira sur ton corps ?
Et quand soudain l’orage,Chassant l’astre joyeux,Répondit dans sa rageAu grondement des cieux ?
Oh ! dis-moi, ma maîtresse,Pas vrai ? Tu le souviensQue tes baisers d’ivresseRépondirent aux miens ?
1869.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources