Pommes d’ève, 1874· L’Attente
9. Désir
A Madame M. D.
S’enivrer et partir, prendre une heure suprêmeDe joie et s’échapper ; aux lèvres que l’on aimePrendre un baiser et fuir, c’est peu. Ce que je veux,C’est longtemps dans mes bras t’adorer et t’étreindre ;C’est, lorsque le bonheur soudain vient à s’éteindre,Dans tes beaux yeux mourants voir passer tes aveux !
Je veux la nuit d’amour folle, ardente et farouche ;Je veux voir ton baiser ivre, et cherchant ma bouche ;Je veux voir ton beau corps tordu, crispé, ravi ;Notre ivresse à tous deux dix fois renouvelée,Et puis, mort, sur ton sein, la tête échevelée,Retomber épuisé, mais non pas assouvi !
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources