Pommes d’ève, 1874· Triomphe
25. Sonnet
A Madame M. D.
J’ai tiré les verroux sur ma porte, j’ai misDu papier devant moi. Ma tâche me réclame.Au dehors pas de bruit, au dedans, pas d’amis ;Aujourd’hui, je vais faire un acte de mon drame.
Le génie à mon front va monter de mon âme ;Laissons jusqu’à ce soir nos rêves endormis,Plus qu’une autre, d’ailleurs, la Muse est une femme.Ma plume est bonne et neuve, à l’œuvre ! J’ai promis
D’oublier, d’être sage, allons donc ! L’adorée,Par je ne sais quel trou dans ma chambre est entrée ;Rieuse, elle va, vient comme un oiseau, j’entend
Le doux gazouillement de sa robe qui frôle,Et sa petite main fait trembler mon épaule.Laisse-moi travailler. Je t’aime, mais, va-t’en !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources