Pommes d’ève, 1874· Lisbeth
51. Sonnet
Ne pleure pas, amie, et si ta rêverieTe porte aux joyeux jours de triomphe et d’ardeur,Alors qu’un mot d’amour, dit d’une âme attendrie,En rougissant ton front faisait battre ton cœur ;
Si ce tiède passé si doux et si railleurTout bas te nomme un nom qu’avec idolâtrieTu caches dans ton sein, mais qui la nuit rêveurS’oublie en imprudent sur ta lèvre chérie !…
Oh ! songe qu’ici-bas tout nous trompe et nous ment,Que l’astre du bonheur ne brille qu’un moment ;Car ce monde, vois-tu c’est l’affreuse roulette ;
Autour du tapis vert sont assis les joueursMais l’aveugle destin comme un croupier leur jetteL’oubli pour souvenir et pour gaîté les pleurs.
1870.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pommes d’ève, Paris, impr. de J. Claye, 1874· numérisation gallica.bnf.fr· Sources