Prima Verba, 1872
XIII. « Quand tu la vois au bal triomphante qui passe »
Quand tu la vois au bal triomphante qui passe,Quand sa douce beauté, son pâle front, sa grâceEnveloppent les cœurs d’un extatique émoi,Quand tu vois qu’on frémit d’ardente convoitise,Que ton amour heureux, tout bas, bien bas te dise :« Elle est belle pour toi. »
Quand loin d’elle, le soir, tu te tords sur ta couche,Quand l’amertume jette un blasphème à ta bouche,Quand tu fixes, troublé, tes maux avec effroi,Quand le sanglot t’étouffe et le regret te brise,Que ton cri, ton sanglot, que ta douleur te dise :« Elle souffre pour toi ! »
Quand tes chagrins amers accusent sa tendresse,Quand le soupçon hideux sur ton âme se dresse,Quand tu sens dans ton cœur crouler toute ta foi,Quand, mauvais vin, le doute en toi monte et te grise.Qu’à tes côtés clans l’ombre, un bon ange te dise :« Elle n’aime que toi ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Prima Verba, Paris, E. LACHAUD, ÉDITEUR, 1872· Sources