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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Quelques vers d’autrefois, 1915

Attendons

Georges de Porto-Riche· 66 vers

I

Durs Germains, mieux que nous, vous savez notre histoire :Nous vous avons appris le courage et la gloire,Avec nos rudes combattants.Pleurons et dévorons la honte expiatoire :C’est nous qui leur avons enseigné la victoire,En les vainquant plus de cent ans.

Poussez vos cris de mort et clamez vos cantiques,Vous avez médité nos exploits authentiques.Quand les plaisirs nous possédaient,Vous lisiez les hauts faits de nos deux Républiques ;Et lorsque nous campions sur vos places publiques,Vos petits enfants regardaient.

Car nos pieds ont foulé vos terres féodales,Votre sol a gardé l’ombre de nos sandales,On vit nos drapeaux sur vos tours ;Vous avez entendu nos trompettes fatales,Vous fûtes des Français, et de vos capitalesNous connaissons les carrefours.

Berlin ne fut qu’un bourg perdu dans notre Gaule.Quinze ans, l’Europe en deuil se pencha comme un sauleSur un grand fleuve nacarat ;Ney courut à cheval d’un pôle à l’autre pôle,Et plus d’un peuple encor, sur sa tremblante épaule,Sent la cravache de Murat.

Vous fûtes culbutés par nos infanteries ;Et nos soldats lassés, au soir de leurs tueries,Ont dormi dans vos étendards ;Vos Kaisers ont été laquais aux Tuileries,Et vos palais royaux ont servi d’écuriesAux montures de nos soudards.

Famille de Caïn que le rapt a conduite,Rappelez-vous Fleurus, Arcole et sa poursuite.Partout, sur la terre et sur l’eau,Nous avons assisté naguère à votre fuite ;Nous eûmes, en cent ans, vingt Austerlitz de suite,Et seulement deux Waterloo.

II

Et ces jours reviendront après les deuils stoïques.Dalilah a coupé tes cheveux héroïques,Le Philistin rit de ton front,On t’attache à la roue, on t’expose aux portiques :Espère, vieux Samson ! les Lemps sont prophétiques,Et tes cheveux repousseront.

Et nous te reprendrons, chère Alsace perdue !Demain, nos enfants morts, couchés dans l’étendue,De leurs pauvres tombeaux sans fleurs,Indiqueront sa route à l’armée attendue ;Et ta flèche, ô Strasbourg ! sera la hampe dueA sa bannière aux trois couleurs.

III

Fils d’Attila, rêveurs casqués, et pleins de haines,Oui, vous nous reverrez dans vos stériles plaines,Avec de lourds canons de fer ;Et les affronts d’hier, faits à nos capitaines,Nous irons les laver sur vos rives lointaines,Dans votre Elbe, fleuve d’enfer.

Nous irons, comme au temps de nos anciennes guerres,Déloger de leurs burgs vos empereurs vulgaires ;Cologne, à ton archevêché,Nous remercierons Dieu de nos armes prospères ;Et nous reposerons dans les lits où nos pèresAvec vos mères ont couché.

Nous n’irons pas livrer vos monuments aux flammes,Nous n’irons pas tuer ni les vieux, ni les femmes,Ni les enfants de la cité ;Mais nous vous abattrons, vous et vos oriflammes ;Et nous nous vengerons de vos crimes infâmes,En vous donnant la liberté.

Décembre 1870.

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Quelques vers d’autrefois, Paris, ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS, 1915· numérisation gallica.bnf.fr· Sources