Tout n’est pas rose, 1877
XLVI. Candeur
Sur l’épaule aux blancheurs de lis,Les cheveux de la vierge blonde,Par vagues d’or, à mille plis,Roulent, cascadent comme une onde.
Mais c’est à peine si je voiLa gracieuse et pâle Anglaise :Elle est assise devant moi,Et derrière elle j’ai ma chaise.
La taille souple d’un roseau,Un front que boucle l’arabesque,De légers mouvements d’oiseau,Un profil pur, raphaëlesque ;
L’azur du ciel dans un œil grand,Une oreille de nacre fineSont les charmes que je surprend,Quand se détourne ma voisine.
Oh ! sans doute cette beauté,Cette séduisante harmonie,Sanctuaire de vérité,Abrite une candeur bénie !
Sans doute en ce superbe corps,Sous ce regard chaste qui brille,En ces attraits, en ces trésors,Sous ce sein pur de jeune fille,
Un cœur naïf, simple, cachéÉpanouit ses blancs pétales,Et fleurit, dans l’ombre penché,En illusions virginales !…
La blonde enfant soudainementVient d’incliner son front pudique :Broderait-elle en ce moment ?Le désir de savoir me pique.
Sur l’épaule aux blancheurs de lis,Quittant ma chaise, je me penche ;Un livre est dans ses mains, je lis :Manon Lescaut. » — ô vierge blanche !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources