Tout n’est pas rose, 1877
XLV. Le dernier don
L’Éternel en courroux avait dit : « Chasse-les ! »Et l’ange du Seigneur aux pauvres exilésMontra, du seuil chéri des douces solitudes,Le chemin de douleur pavé de servitudes !
L’œil sec, désespérés, courbés, silencieux,Les proscrits lentement s’éloignèrent des cieux.Ils n’avaient pas encore atteint ce triste mondeQue l’Éternel, saisi d’une pitié profonde,Rappela devant lui les deux infortunés :Ève, Adam, cria-t-il, je vous ai condamnés ;« Mais trop lourd est pour vous l’arrêt irrévocable !Un père vous chérit dans le juge implacable ;Dans mon Éden fleuri, pour l’expiation,Cueillez, ô malheureux, la consolation !Au bord de ce lis pur, à corolle irisée,Rayonnent chastement deux gouttes de rosée :Prenez-les, mes enfants ! Lorsqu’elles perlerontEn vos yeux consumés par le deuil et l’affront,Sur la terre d’exil qui roule dans ses brumes,Elles adouciront vos acres amertumes ;Et moi, je vous dirai courage, du ciel bleu ! »
— Et nos premiers parents obéissant à Dieu,Du jardin d’innocence, emportant leurs alarmes,Sortirent, résignés, les yeux remplis de larmes.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources