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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tout n’est pas rose, 1877

XXXIII. Stella

Georges de Porto-Riche· 52 vers

Il me disait ceci : « Souvent je m’imagineQue je l’entends parler dans la chambre voisine ;Je ne peux pas me faire à cette véritéQu’elle est sous une pierre, et pour l’éternité !La haine dans le cœur, le blasphème à la bouche,J’erre dans la maison. Chaque objet que je toucheEst un sanglot pour moi : c’est un chiffon, un rien,C’est son petit chapeau qui la coiffait si bien,Son manteau suspendu, sa dernière toilette,La glace où si souvent se penchait la coquette,Ses fleurs, ce lit désert où son front sommeillait ! —Et ses enfants chéris qu’elle-même habillait,Qui donc les soignera maintenant ? Chose affreuse !Abîme ! trou profond qui chaque jour se creuse !Mon Dieu, qu’a-t-elle fait ?… Enfin ! mots superflus !Mais c’est surtout la nuit que je souffre le plus.La douleur sans pitié me harcèle dans l’ombre,J’ai peur de me coucher ; ce sont, à minuit sombre,D’horribles cauchemars et d’amers désespoirs :Je la vois fraîche et belle avec ses grands yeux noirs,Je crois à tout instant qu’elle sonne à la porte,Ou bien, pour réchauffer la pauvre et chère morte,Je presse entre mes bras son cadavre glacé !Hier l’insomnie encor de mon lit m’a chassé ;Fiévreux, je suis sorti : la rue était muette,L’éther resplendissait au-dessus de ma tête,Fou, portant au hasard mes pas irrésolus,J’allais, sombre, songeant à celle qui n’est plus !Est-elle fleur, nuage, ange, étoile, hirondelle ?Me disais-je tout bas. Où donc se trouve-t-elle ?Dans le sein du néant ou dans le sein de Dieu ?Les astres entassés sablaient l’espace en feu,Et la Nuit regardait frileuse et demi-nueSon char de diamants renversé dans la nue —Or, comme je songeais grave -et les yeux tournésVers les cieux rayonnants, sereins, illuminés,Mon regard s’arrêta d’instinct sur une étoile :Rêveuse elle était là, recouverte d’un voile,Orpheline parmi des milliers de soleils,Et son front était blême entre ces fronts vermeils !Penchée au firmament, l’étoile semblait dire :« J’attends, proscrite ici, ma joie est un martyre,Âme veuve, pour moi les cieux ne sont point bleus ! »— Alors, l’œil attaché sur l’astre nébuleux,Tremblant, je murmurai, malgré moi : « Valentine ! »Envoyant un baiser à l’étoile chagrine…Et soudain l’astre doux, jusque-là presqu’obscur,Si morne, si pensif, si triste dans l’azur,Regard ayant compris, prunelle qui s’allume,Se mit à scintiller, en déchirant sa brume,Et sur mon front brûlant, tout à coup radieux,Je sentis comme un pleur qui me tombait des cieux !

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources