Tout n’est pas rose, 1877
XXXII. Hymen
L’arbre au feuillage épais, de sa graine alourdi,Immobile, muet, tout ruisselant de séve,Est debout dans la plaine, absorbé dans un rêve.Il regarde le sol qu’embrase un chaud midi ;La terre est à ses pieds ardente, blonde et belle…Soudain l’arbre tressaille et se penche sur elle.La terre se soulève et semble lui dire : oui !Folle, le sein gonflé par un désir farouche,Elle monte, et le fait retomber sur sa couche.Alors l’arbre l’étreint et, d’amour ébloui,Sur elle déployant sa ramure dorée,Jette en ses flancs ouverts la semence sacrée !
De ce splendide hymen par le soleil béni,Un arbuste au printemps naîtra, fils du grand chêne.Les vents, en attendant, siffleront dans .la plaine ;Mats l’arbre, dépouillant son feuillage jauni,De crainte que l’hiver ne nuise à sa grossesse,Couvrira d’un manteau le sein de sa maîtresse.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources