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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tout n’est pas rose, 1877

V. Sur une absente

Georges de Porto-Riche· 56 vers

I

Ses yeux noirs étaient grands, mignonne, sa stature,Et son pas, chancelant.Cambrée, elle prenait sa longue chevelureSous son petit pied blanc !

Elle était humble et douce, et pourtant radieuse ;Sous de célestes doigts,Une lyre en son cœur vibrait mélodieuse,Et chantait dans sa voix !

En regardant passer cette mère pudique,A ce riant aspect,Le plus sceptique aimait, l’homme le plus cyniqueÉtait plein de respect !

On adorait la vie, en la voyant à peine :Les cœurs étaient charmés…Âme simple ! Sa mort est la première peineQu’elle causa jamais !

Ce n’est point une rose à l’orgueilleuse tête,Au col droit et mousseux,Que la Mort vient de prendre et qu’elle met coquetteA son corsage osseux ;

Mais une violette à la tige penchée,Aux timides émois…Comment a-t-elle vu cette fleur si cachéeDans l’épaisseur des bois ?

Jeune fille, elle aimait les soucis du ménage,Elle allait, babillait !Comme j’étais heureux, quand j’avais été sage,Et qu’elle m’habillait !

Je n’étais qu’un enfant qu’elle était une mère…Doux lis évanoui !Hélas ! le sort me fait devant sa tombe amèreLe plus-vieux aujourd’hui !

II

Près du père, arbre triste où chantent deux fauvettes,Ses deux petits enfants s’amusent, tout en noir ;On montre son portrait, on cache son miroir,Et l’on a clos la chambre où pendent ses toilettes !

Devant son couvert mis, froid, rigide, entre tous,A table chaque soir, témoin sourd et de glace,Le siége de l’absente est là, vide, à sa place,Comme un cadavre ayant les mains sur ses genoux !

Autour sont les enfants ; en face, l’époux sombre.Un fantôme charmant tient son œil ébloui ;Muet, stupide il songe au doux être enfoui,Et sa lèvre s’agite et cause avec une ombre !

Une serviette est là, pliée à tout jamais ;Devant, un verre aimé, qu’on emplit par mégarde ;Et si l’un des enfants, blonds chérubins qu’il garde,Rit d’un trop bruyant rire ou refuse d’un mets,

Tandis que de ses yeux coule une larme amère,Le père alors, montrant du doigt le siége vert,Le siége qui regarde assis à son couvert,Dit : « Fils, mange, sois sage, obéis à ta mère ! »

Nid désert ! Deuil profond ! Bonheur sacrifié !Plus de robe faisant son frou-frou comme une aileL’Oubli s’est mis en marche, et la tombe infidèleNe garde même pas le trésor confié !

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Tout n’est pas rose, Paris, CALMANN LÉVY, 1877· numérisation gallica.bnf.fr· Sources