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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le cle Pseaume

Laudate Dominum in sanctis ejus, etc.

Racan· 48 vers

Celebrons du Seigneur l’épouse legitime,En un si beau sujet le silence est un crime :Ses ans comme sa foy sont exempts du trépas ;C’est la seule beauté qui jamais ne se passe,Et qui dans sa vieillesse augmente ses appas,Son merite et sa grace.

Honorons ces saints lieux où la toute-puissanceFait luire des rayons de sa magnificence ;Le feu de son amour y purge nos défauts.Admirons sa grandeur jusqu’au Ciel parvenue,Et la force du bras qui contre tant d’assautsL’a toûjours maintenue.

Que l’airain recourbé, bruyant à nos oreilles,Fasse en tous ses replis resonner ses merveillesJusqu’à ce que l’epoux paroisse au firmament,Et qu’on voye en ce jour glorieux et funesteLes vivants et les morts entendre égalementLa trompette celeste.

Lors que le souvenir de nos fautes passéesDans ce juste remors entretient nos penséesDe voir un si bon pere irrité contre nous,Pour témoigner l’ennuy dont nostre cœur soûpireJoignons nos tristes voix au son plaintif et douxDu luth et de la lyre.

Qu’en leur rang le tambour, la fluste et les cymbales,En chantant les bien-faits de ses mains liberales,Fassent par tout ouïr le bruit de leurs accords ;Et, goustant les douceurs des graces qu’il envoye,Que dans leur son confus s’expriment les transportsDe nostre sainte joye.

Que les claviers sacrez, où sous des mains adroitesL’air qui chante en sortant de leurs prisons étroitesForme ces saints accords dignes de nos autels,En leur docte harmonie honorent l’influenceDont le divin rayon dans l’esprit des mortelsInspire la science.

Qu’un languissant archet, se traisnant sur la corde,Fasse que la viole à l’espinette accordeSes sons tristement doux aux siens plus éclatans ;Que nos mains et nos voix, que nos soins et nos veilles,Que nos yeux et nos cœurs, reverent en tout temsSes divines merveilles.

Que nostre ame, à jamais de sa bonté ravie,Ait pouvoir d’animer ce qui n’a point de vie ;Et vous, fer, vous, airain, vous, roseaux, et vous, bois,Vous, corps sans mouvement qui naissez dans la fange,Rendez grace au Seigneur, qui vous donne des voixPour chanter sa louange.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources