Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxie Pseaume
Beatus vir qui timet Dominum, etc.
Heureux qui sert Jesus sans espoir de salaire,Et qui craint moins l’enfer que la juste colereDe ce Dieu qui pour nous n’est qu’amour et bonté !Que s’il regle ses mœurs aux lois qu’il a prescrites,Il se peut assurer qu’à jamais ses meritesSeront les artisans de sa felicité.
Pour adoucir l’ennuy de ses vieilles années,Il voit ses chers enfans, dont les ames bien néesDe l’amour paternel serrent les doux liens,Et toûjours la vertu, compagne de leur vie,Porter à la fortune une secrette envie,Et les combler de gloire autant qu’elle de biens.
La justice qu’il garde en sa bonne conduiteLuy fait incessamment voir une heureuse suiteDe charges et d’honneurs en sa famille entrer ;Et la finesse humaine, en malice feconde,N’apporte aucun nuage aux affaires du monde,Où son clair jugement ne puisse penetrer.
Dieu, qui le voit toûjours d’un regard favorable,Fera qu’à son exemple il sera secourableA ceux dont le malheur est l’unique defaut ;Et, quand la pauvreté leur declare la guerre,Il leur fait part des biens qu’il possede en la terrePour avoir part à ceux qu’il espere là haut.
Lors que les envieux, dont l’injuste manieNe fonde ses desseins que sur la calomnie,Pour le perdre d’honneur le déchirent par tout,Il n’en redoute point la langue envenimée,Il conserve toûjours sa bonne renommée,Il les jette par terre et demeure debout.
Sa liberalité rend sa bourse commune ;Sans trouble il voit l’envie aboyer sa fortune ;De tous ses ennemis il fait des malheureux,Et, malgré leurs efforts, sa probité sans tache,Qui, dans un cœur ouvert, aucun vice ne cache,Se fait toûjours paroistre invincible pour eux.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources