Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxiie Pseaume
Laudate, pueri, etc.
Vous que la foy, l’amour et le courageOnt attachez à servir les autels,Chantez sans fin, jusques au dernier âge,Du Tout-puissant les honneurs immortels,Sur les deux bords de l’Euphrate et du Tage.
Il donne l’estre à tout ce qui respire,Il est le seul qui n’a point de pareil ;Dans sa lumiere, où luy-mesme s’admire,Nostre soleil cesse d’estre soleil,Et tous les cieux tournent dans son empire.
Ces grans heros, ces grans foudres de guerre,N’ont rien d’égal à son divin pouvoir ;Dessous leurs pieds il fait trembler la terre,Et sur leur teste il fait ouïr et voirFlamber l’éclair et gronder le tonnerre.
Ceux qui pour thrône avoient une logette,Et pour royaume un parc plein de brebis,Par ses bienfaits ont chasse la disette,D’or et de soye ont orné leurs habits,Et mis le sceptre où régnoit la houlette.
Son précurseur en cela le seconde,Qu’Elizabeth hors d’âge le conceut ;Et quand Marie a mis ce Verbe au monde,Le Saint Esprit, qu’elle creut et receut,Fit que de vierge elle devint feconde.
Tous les effets de cet Estre impassibleFont-ils pas voir qu’il n’a rien de commun,Que sa grandeur est incomprehensible,Que son pouvoir et son vouloir n’est qu’un,Et qu’en luy seul l’impossible est possible ?
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources