Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxlie Pseaume
Voce mea ad Dominum, etc.
Jusques à toy, Seigneur, j’ai ma voix élancée,Dans l’extresme douleur dont mon ameest pressée ;Moderes-en l’excés ou la longueur.Si je ne puis l’exprimer par mes plaintes,Toy qui peux lire au profond de mon cœur,N’y vois-tu pas assez mes ennuis et mes craintes ?
De mes fiers ennemis la fureur et l’envieAveque tant de rage ont attaqué ma vieQue mon esprit succombe sous le fais ;Je me soumets à ta seule justice :Toy seul connois les crimes que j’ai faits,Toy seul peux à leur poids balancer mon supplice.
Mon estat n’est rempli que de mains sacrileges,Qui ne mettent leur soin qu’à me tendre des pieges ;Toy seul me vois d’un regard de pitié ;Mon infortune est par tout odieuse ;Chacun me fuit, comme si l’amitiéD’un prince en sa disgrace étoit contagieuse.
Je ne puis éviter mon malheur par la fuite,Des ennemis vainqueurs la legere poursuiteA surpassé la vitesse des vens ;Et desormais le seul bien où j’aspireEst d’habiter la terre des vivans,Où la mort par ta mort doit finir son empire.
En ces extrémitez exauce ma requeste :Ne vois-tu pas, Seigneur, leur fureur qui m’appresteOu le trépas, ou la captivité ?Ces fiers vainqueurs, tout bouffis d’arrogance,Ont augmenté leur animositéAveque le pouvoir d’exercer leur vengeance.
Vien donc me retirer de ces lieux de tenebres :Je suis las de chanter tes merveilles celebres,Loin des autels, des peuples et du jour.Ren-moi ta grace et puni leur malice :Mes bons sujets desirent mon retour,Et les justes pour moi te demandent justice.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources