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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxliie Pseaume

Domine, exaudiorationem meam, etc.

Racan· 48 vers

Seigneur, qui m’as promis d’avoir pitié de moyAussi-tost que mes vœux s’adresseroient à toy,Exauce ma priere au fort de ma tristesse ;Puisque ton équité ne veut rien d’imparfait,Montre-toy veritable, et que de ta promesseJe ressente l’effet.

Voy comme devant toy mon esprit est craintif ;N’entre point en raison contre un pauvre captif,Que ta seule menace a pouvoir de soûmettre :Tu sais qu’en ta justice, à qui rien n’est caché,Il n’est point de mortel qui se puisse promettreD’estre exemt de peché.

Depuis que tu m’as mis au rang des reprouvez,La fureur des mutins contre moy souslevez,M’a reduit en un antre éternellement sombre ;A peine le soleil en éclaire les bords,Et ne say maintenant s’ils me tiennent du nombreDes vivans ou des morts.

En ce triste sejour souvent je m’entretiensDe ce nombre infini de graces et de biensDont tu comblois jadis la troupe des fidelles ;Le siecle où nous vivons n’est pas plus malheureux :J’espere que pour nous tes faveurs seront tellesQu’elles furent pour eux.

Avec plus de besoin j’espere en ta bontéQue la terre alterée, au plus fort de l’esté,A l’eau qui le matin dans les herbes s’amasse ;A toy seul j’ay recours, je ne vis que par toy,Et me croy mort au monde aussi-tost que ta graceSera morte pour moy.

Haste-toy, mon bon Dieu, de conduire mes pasEn un lieu qui me puisse exemter du trépas ;Sauve-moy de leurs fers, sauve-moy de leurs flâmes ;Fay que de tous leurs yeux je me puisse cacher,Et puisse, en m’éloignant de ces méchantes ames,De toy seul m’approcher.

Sois donc à l’avenir mon guide et mon secours,En une terre juste où j’acheve mes jours,Loin de ces attentats où l’innocence pleure ;Que là tes châtimens me puissent corriger,Et que par toy je puisse, en changeant ma demeure,Moy-mesme me changer.

Détruis tous ces mutins envieux de mon bien,Et fay que ton pouvoir, accompagnant le mien,Remette leur audace à mon obéissance ;Défen ma liberté, qu’ils me veulent ravir,Et montre qu’en tes mains est la seule puissanceQui la peut asservir.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources