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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxviie Pseaume

Confitemini Domino, etc.

Racan· 112 vers

Chrestiens, publions nuit et jourQue le Seigneur jamais ne nous dénieSa gloire et son amour,Et que pour les pecheurs sa grace est infinie

Qu’Israël confesse aujourd’huyQue des bons rois, exemts de tyranie,Il est le seul appuy,Et que pour les pecheurs sa grace est infinie,

Qu’Aron, dont la posteritéEst aux autels de ses graces munie,Celebre sa bonté,Qui rend pour les pecheurs sa clemence infinie.

Que ceux qui, dans l’aveuglement,Ont de la foy leur ame desunie,Sachent qu’égalementPour eux, comme pour nous, sa grace est infinie,

Si-tost qu’en mon afflictionJ’ay de mon Dieu la bonté reclamée,Par sa protection,N’ay-je pas relevé ma puissance opprimée ?

Si le Seigneur est mon support,De quel geant, de quel foudre de guerre,Malgré tout leur effort,Ne verray-je à mes pieds l’orgueil mordre la terre ?

De ? plus fiers tyrans d’ici-basJe voy dés-ja les fureurs estouffées,Et le Dieu des combatsDés-ja sur leur ruine élever mes trophées.

Le ferme appuy de nos EstatsEst au seul Dieu qui lance le tonnerre,Plus qu’à ces potentatsDe qui le vain support n’est que paille et que verre.

Sortis-je pas à mon honneurLors qu’investi d’un peuple plein d’audace,Par l’appuy du Seigneur,Les armes à la main je me fis faire place ?

Environné de toutes parts,Je n’entendois que cris à mes oreillesDe ces peuples épars,Bruyans et voltigeans comme un essain d’abeilles.

Ils se dissipent à l’instantPar le secours des puissances divines,Et ne durent pas tantQue le feu qui s’allume au milieu des espines.

Quand l’attaque d’un puissant royFitdans mon camp chanceler la victoire,Dieu combattit pour moy,Et releva d’un coup ma fortune et ma gloire.

C’est ma force, c’est mon salut,C’est luy qui rend mes Estats pacifiques,C’est luy pour qui mon lutFera jusques au ciel resonner mes cantiques.

Que tous mes peuples assemblezDans mon palais, où luit l’or et la soye,Par leurs cris redoublezTémoignent avec moy leur veritable joye.

C’est par la main du Roy des roisQue je soûmets l’orgueil qui se déborde ;C’est par ses saintes loixQue j’ay dessous mes pieds enchaisné la Discorde.

C’est sa main qui fut mon support,Et qui, malgré l’Injustice et l’Envie,Qui conspiroient ma mort,Conserva mon honneur, ma couronne et ma vie.

Le Seigneurm’esprouve souvent,Son chastiment tous mes crimes efface ;Et comme auparavantA mes justes remords il redonne sa grâce.

Ouvrez-moy doncque sa maison ;N’y puis-je pas d’un cœur purgé de viceFaire mon oraison,Et chanter sa bonté, sa gloire et sa justice ?

Je veux pour victime aux autelsDe mon amour offrir la pure flâmeAu seul des immortelsQui m’a rendu la vie et du corps et de l’ame.

Comme la pierre que l’on metDans le mepris pour n’estre pas connue,Sur le plus haut sommetLie et soustient les murs dont elle est soustenue,

Ainsi, sans nom et sans appuy,Je reunis sous mon obéissanceEt soustiens aujourd’huyCeux dont les volontez soustiennent ma puissance.

Au thrône où je suis élevé,Aprés avoir surmonté tant d’obstacles,Il n’est rien arrivéQue ce qui fut promis par la voix des oracles.

De ce beau jour que le SeigneurNous a rendu si fecond en merveillesProlongeons la longueurPar les feux des autels et par nos saintes veilles.

Grand Dieu, qui vois l’ambitionEt la licence où chacun s’abandonne,Pour conserver Sion,Conserves-y la paix que ta grâce lui donne.

Pour perpetuer ce bon-heur,Prenons de l’an la plus belle journée,Et qu’au nom du SeigneurSoit au pied de l’autel la victime amenée.

Confessons qu’il est le vray Dieu,Qu’il est par tout l’appuy de l’innocence,Et que tout en tout lieuSe conduit et maintient par sa toute-puissance.

Tous d’une voix il faut sans fin,Aprés les biens que sa main nous accorde,Chanter soir et matinSa gloire, sa grandeur et sa miséricorde.

Ce sont les effets tout-puissansDe ce seul Dieu qui jamais ne denieSa gloire aux innocens,Et qui pour les pecheurs rend sa grace infinie.

112 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources