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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxviiie Pseaume

Beati immaculati, etc.

Racan· 748 vers

ALEPH. — Strophe.

Heureuses les ames bien néesDont la vertu } d’un libre choix,Suit les justes et saintes loixQue le Seigneur nous a données !Heureux ceux dont les actionsAu Tout-puissant ont fait connoistreQue leurs plus fortes passionsSont de servir un si bon maistre !Mais ceux qui ne sont éclairezDe la grace qu’il nous octroyeNe seront jamais assurezDe marcher dans la bonne voye.

Antistrophe.

Seigneur, puisque tes jugemensVeulent qu’aux lieux saints et profanes,Dans les palais, dans les cabanes,L’on suive tes commandemens,Que je puisse mourir et vivreDans une vraye et seule foy,Et qu’à jamais je puisse suivreLes ordres qui viennent de toy :Par eux dans la mer de ce mondeMa barque est conduite à bon port,Et brave la fureur de l’ondeQuand ta grace lui sert de nort.

Epode.

Lors d’un cœur franc je publieTes conseils et tes bontez,Par qui ma vie est remplieDe tant de prosperitez ;Et si, tant que je respire,Ta grace ici-bas m’inspireTa justice et mon devoir ;Jamais faveur ni richesse,Ni menace ni promesse,Ne me pourront decevoir.

BETH. — Strophe.

Mais, Seigneur, la vertu des hommesPeut-elle en leur jeune saisonEviter sans toy le poisonDes vices du siecle où nous sommes ?Pour moy, grand Dieu, je veux toûjours,Dans mes craintes et dans mes doutes,A toy seul avoir mon recours,Quand je m’égare de tes routes ;Et lors, de moy-mesme vainqueur,Je veux, loin de toute licence,Graver tes conseils dans mon cœurPour y conserver l’innocence.

Antistrophe.

J’aurai sujet de te benirSi, pour bien vivre et pour bien croire.Ta grace imprime en ma memoireLes preceptes qu’il faut tenir ;Ma voix, en recitant sans cesseCe que la tienne m’a prescrit,Rendra la foy que je professeToûjours presente en mon esprit :C’est un thresor digne d’envie,Qui rend seul les anges jaloux ;C’est le seul qu’aprés cette vieNous emportons aveque nous.

Epode.

Mes delices les plus grandes,C’est de penser à jamaisA ce que tu nous commandes,A ce que tu nous promets.Que tes decrets equitablesPuissent dans tes saintes tablesDurer à l’éternité,Et que ton aimable flâmeEntretienne dans mon ameSon ardeur et sa clarté !

GIMEL. — Strophe.

Permets que ta bonté propiceEloigne mes jours du trépas,Afin que je puisse ici-basPlus long-temps te rendre service ;De mon esprit ouvre les yeux,Et luy donne la connoissanceCombien il nous est glorieuxD’estre sous ton obeissance ;Et, puisqu’on ne fait que passerComme un estranger en ce monde,Prens-y le soin de redresserMon ame errante et vagabonde,

Antistrophe.

Tout Israël peut témoignerQue, dés mon âge le plus tendre,J’ay toûjours pris plaisir d’apprendreCe que tu veux nous enseigner ;Chacun sait combien tu rabaissesCeux dont la docte vanitéDes veritez que tu nous laissesAccuse la simplicité.Defen moy de la tyranieDes fiers et superbes espritsQui mettent, par leur calomnie,Ta doctrine dans le mépris.

Epode.

Ces tyrans de qui l’empireEst du tien si differentRecompensent du martyreLe service qu’on te rend.Dans cette injuste souffranceJe ne perds point l’assurance ;Tout mon espoir est en toy,Et, sans force et sans défense,N’oppose à leur violenceQue les armes de la foy,

DALETH. — Strophe.

Tu vois succomber mon courageSous mon incurable douleur,Seigneur ! empesche le mal-heurD’achever sur moy son ouvrage ;Tien moy ce que tu m’as promis ;Efface de ta souvenanceTous les crimes que j’ay commisAu mépris de ton ordonnance ;Grave dans mon cœur, desormais,Tes lois si pleines de merveilles,Et fay que je puisse à jamaisSuivre ce que tu me conseilles.

Antistrophe.

Tu vois mon esprit languissantDe voir ta promesse accomplie :Fay que pour moy l’on te publieTout veritable et tout puissant,Et que ta grace, comme un phare,Aux flots dont je suis combattu,Me redresse quand je m’égareDu droit chemin de la vertu ;C’est le seul où, malgré l’envie,Je veux toûjours dresser mes pas,Comme le seul par où la vieArrive sans crainte au trépas.

Epode.

Le seul bien que je desireDe tes immenses bontez,C’est qu’aux loix de ton empireTu regles mes volontez,Et quand, à mes vœux propice,Tu romps les chaisnes du viceQue je porte aveque moy,Que mon ame dégagée,Et de son faix déchargée,S’esleve jusques àtoy.

H E. — Strophe.

Si tu veux nous monstrer la voyeQue tes peuples doivent tenir,Je te promets qu’à l’avenirNous la suivrons aveque joye.Inspire à mon entendementLes mysteres qu’il nous faut croire,Tu verras qu’éternellementJ’en conserveray la memoire ;Réchauffe dans moy les ferveursD’une pieté plus parfaite,Et fay qu’en tes saintes faveursMa passion soit satisfaite.

Antistrophe.

Qu’élevé dans les hauts secretsDe ton éternelle justice,De l’envie et de l’avariceSe détachent mes interests ;De mon ame à jamais effaceLeur vain éclat qui nous seduitEt qui nous fait perdre la traceOù ta verité nous conduit ;Permets que de ta seule EgliseLa foy se manifeste au jour,Et que mon ame y soit soumiseMoins par force que par amour.

Epode.

Garanti ma renomméeDe ces lasches imposteur »Dont la langue enveniméeOutrage tes serviteurs.Nulle bonté ne les touche,Tout ce qui part de leur boucheEst plein d’inhumanité ;Mais tes loix, où je me range,Font voir un égal mélangeDe douceur et d’équité,

VAV. — Strophe.

O grand Dieu ! tien-moy ta parole,Donne-moy ta protection.Tu sais qu’en mon afflictionTa seule grace me console.Je defendray ta veritéContre l’incredule ignorance,Qui rit de ma simplicitéDe mettre en toymon esperance ;Et la puissance de tes mains,Surmontant pour moy tant d’obstacles,Esclaircira tous les humainsDes veritez de tes oracles.

Antistrophe.

Dans nostre immortel souvenir,Tes loix, dont tu regis les hommes,Passeront du siecle où nous sommesEn tous les siecles avenir.Je puis, et sans crainte et sans gesne,Y soûmettre ma volonté,Et c’est dans cette seule chaisneOù je garde ma liberté.D’un cœur détaché de la terreJe veux publier en tous lieuxQue toy seul lances le tonnerre,Que toy seul regnes dans les cieux.

Epode.

Dans les loix de ton empireSe bornent tous mes desirs.C’est un bon-heur où j’aspirePour comble de mes plaisirs,Et veux conserver l’envieDe passer toute ma vieDessous tes commandemens,Reconnoissant, par espreuve,Qu’en ton seul regne l’on treuveDe parfaits contentemens.

ZAIIN. — Strophe.

Seigneur, garde la souvenanceDe ce que tu nous as promis :C’est où les fideles ont misLeur espoir et leur assurance.C’est elle, dans mes déplaisirs,Qui calme, non moins que des charmes,Les orages que mes soupirsCausoient dans les flots de mes larmes ;Et, lors que de ces forts espritsLes vanitez démesuréesOnt mis tes loix dans le mépris,C’est quand je les ay reverées.

Antistrophe.

Si-tost que ta juste rigueurLeur noire impieté foudroye,D’une douce et secrette joyeJe me sens chatouiller le cœur ;Mais, aprés ce juste supplice,Je suis estonné quand je voyLe pecheur de qui la maliceSe revolte contre ta loy.Ces vers, produits dans mon estude,Recitent tes commandemens,Et j’en fais de ma solitudeLes plus doux divertissemens.

Epode.

J’occupe mes longues veilles,Qui font des jours de mes nuits,A reciter leurs merveillesEt l’heur que tu nous produits.Ma joye est toute parfaite,Et j ay ce que je souhaiteDe tes liberalitez,Qui m’ont fait, dés mon enfance,Reconnoistre ta puissanceAux œuvres de tes bontez.

CHETH. — Strophe.

Je n’espere mon heritageQue de ton amour paternel ;C’est dans ton empire éternelQue tu m’as promis mon partage :C’est à toy seul que j’ay recours.Quand je m’égare de tes voyes,Je n’espere en aucun secoursQu’en la grace que tu m’octroyes :C’est elle de qui la clartéDans le droit chemin me redresse,Et, me rendant la liberté,Chasse de mon cœur la tristesse.

Antistrophe.

Ma foy respecte aveuglémentTes loix, sans en enfraindre aucune ;Dans l’une et dans l’autre fortune,Je m’y soûmets également.J’ay veû déborder la licenceDe nos plus mortels ennemis,Et jamais contre ta puissanceMon esprit ne s’est rien permis.Quand, la nuit, je pense aux merveillesQui brillent sur nostre horizon,Je sens confondre dans mes veillesMes sens, mon ame et ma raison.

Epode.

Fay, Seigneur, que sous ton ombre,Par tes decrets absolusJe sois à jamais du nombreDe tes fideles eleus,Et que tous les cœurs du monde,Par ta sagesse profonde,Connoissent avec SionLa grandeur de ta justice,De ta clemence propiceEt de ton affection.

TETH. — Strophe.

A ce coup, selon ta promesse,Ne reçois-je pas chaque jourLes fruits de ton parfait amourEt de ton immense largesse ?Que si je suis dans l’équité,La loy que tu m’as enseignée,Conserve pour moy la bontégue tu m’as toûjours témoignée ;Et si je me suis oubliéDans le luxe et dans l’abondance,Ne suis-je pas humiliéLors que je tombe en décadence ?

Antistrophe.

Personne ne peut ignorerL’heur que ta bonté nous apporte ;Mais appren-nous de quelle sorteL’on doit tes graces implorer.Ni le courroux ni la vaillanceD’un fier et superbe vainqueurNe peuvent par la violenceOster ton amour de mon cœur ;Tes ennemis, bouffis de graisse,De gloire et de prosperité,Vainement s’efforcent sans cesseD’ébranler ma fidelité.

Epode.

Le chastiment équitableQue tu me fais recevoirRend mon jugement capableDe rentrer dans son devoir ;Et, dans le soin de te plaire,Mon ame à jamais prefereL’heur de vivre sous tes loixAux biens les plus desirablesQui se rendent innombrablesDans les thresors de nos rois.

JOD. — Strophe.

Toy qui m’as fait à ton image,Soûmets à jamais mon espritA l’ordre que tu m’as prescrit,Et parfais en moy ton ouvrage.Ceux qui reverent ton pouvoirD’un saint et veritable zeleSe réjouiront de me voirAugmenter la troupe fidele ;Mais, Seigneur, ton affection,Qui m’a retiré de l’orage,Par une juste afflictionMe veut abaisser le courage.

Antistrophe.

Permets, Seigneur, que la pitiéAprés le chastiment severe,Moderant ta juste colere,Me redonne ton amitié ;Fay moy par ta grace revivre,Et que, conduit par ta clarté,A jamais je te puisse suivreAu chemin de l’éternité ;Confon ceux dont la tyranieVeut sur moy sa haine assouvir,Et qui font passer pour manieLe soin que j’ay de te servir.

Epode.

Que ceux dont l’ame est soumiseAux preceptes de la foyPuissent dans la vraye EgliseSe rejoindre aveque moy !Qu’avec eux, dans l’innocence,Dessous ton obeissanceConduisant mes actions,Jamais je ne puisse entendreMes ennemis me reprendreDe mes imperfections !

CAPH. — Strophe.

Seigneur, je languis dans l’attenteDe l’heur où je dois parvenir,Et dans l’espoir de l’avenirJ’adoucis ma peine presente ;J’éleve à toy mes foibles yeux,Dont les clartez s’en vont esteintes.Quand veux-tu, monarque des cieux,Finir mes ennuis et mes plaintes ?Mon ame s’envole de moy,Dés-ja ma chair est seiche et noire,Et tout y meurt, sinon la foy,Qui toûjours vit dans ma memoire.

Antistrophe.

Quand mettras-tu fin à mes pleurs ?Quand mettras-tu fin à ma vieQuand mettras-tu fin à l’envieQui ne se plaist qu’en mes malheurs ?Des discours d’un peuple increduleJe suis jour et nuit tourmenté,Et cet entretien ridiculeN’a pas un mot de verité ;Tout ce qui mon ame console,C’est le bien que tu nous promets,Et qu’elle sait que ta paroleNe se retractera jamais.

Epode.

Mais lors que plus je revereLes mysteres de ta loy,Plus le peuple persevereA conspirer contre moy ;Et, parmy la multitude,Mon ame en inquietudeN’a que des soins inconstants,Rassure cette craintive,Fay que plus long-temps je vivePour te servir plus long-temps.

LAMED. — Strophe.

De ta voix les divins ouvragesPortent d’un éclat radieuxLeur hauteur au dessus des cieux,Et leur durée aprés les ages ;Ton immortelle veritéDe siecle en siecle est épanduë,Et par ta seule volontéLa terre en l’air est suspendue ;Par toy les ans sont limitez,Et par ton soin sont ordonnéesLes justes inégalitezDu cours des nuits et des journées.

Antistrophe.

C’est dans les meditationsDes chef-d’œuvres de ta paroleQue je radoucis et consoleL’aigreur de mes afflictions ;Je veux, en gardant la memoireDe tes justes et saintes loix,Leur rendre hommage de la gloireEt du salut que je leur dois.Fais, ô grand Dieu ! sous tes auspices,Que je regne dans l’équité ;Je n’attens, dans la nuit des vices,D’autre jour que de ta clarté.

Epode.

Le méchant, qui dans ses piegesTasche de me decevoir,Veut de ses mains sacrilegesS’attaquer à mon pouvoir.Je connois que toute choseQue l’homme ici-bas proposeA son terme limité,Que tout se change et se passe,Mais que l’œuvre de ta graceDemeure à l’éternité.

MEM. — Strophe.

Que j’aime les loix que tu donnes !Qu’elles sont douces pour les tiens !Qu’elles nous apportent de biens !Qu’elles sont solides et bonnes !C’est par les conseils qu’ici-basProduisent tes soins tutelaires,Plus que par l’effort de mon bras,Que je soumets mes adversaires ;Et, quand par cet art j’ay régnéAu throsne où l’on m’a veu paroistre,Ceux qui me l’avoient enseignéMe reconnurent pour leur maistre.

Antistrophe.

Dans la paix et dans les hazards,Inspiré de ta sapience,J’ay surpassé l’experienceEt la sagesse des vieillards.Cet avantage me convieA regler mes affections,Qui tiennent mon ame asserviePar tes seules instructions ;Et, dans ce débord de licenceOù se perdent les forts esprits,Je veux suivre dans l’innocenceLe chemin que tu m’as appris.

Epode.

Rien n’est égal à ton regne ;Dans la terre et dans le cielTout ce que ta voix enseignePasse la douceur du miel.C’est ce qui fait que mon ame,Quelque esprit fort qui la blâmeDe trop de simplicité,Dans la nuit comme en la joye,Nesuit jamais d’autre voyeQue celle de l’équité.

NUN. — Strophe.

Tu rens à mon ame timideLe courage et l’autorité ;C’est de ta seule veritéQue la clarté me sert de guide :Aussi, Seigneur, je te promets,Quelque erreur que l’on autorise,De ne me separer jamaisDe l’union de ton Église ;Et, quand mes sens sont accablezD’une incomparable tristesse,Dans mes longs ennuys redoublezJe n’espere qu’en ta promesse.

Antistrophe.

Mais, ô le seul des immortels !Aprés une faveur si grande,Mon cœur sera la seule offrandeQue j’offriray sur tes autels.Dans le dessein que je mediteDe vivre et mourir pour la foy,Je ne saurois de ma conduiteMe fier en d’autre qu’en toy.L’ennemi veut que je succombeDans le piege qu’il m’a caché ;Mais il vaut bien mieux que j’y tombeQue dans l’abysme du peché.

Epode.

Je n’espère de partageNi de peres, ni d’ayeuls,Que le divin heritageQue tu nous promets aux cieux ;Et dans moy cette esperanceNourrit la perseveranceDe t’aimer et te servir,Et fait par tout que mon ameBrusle d’une sainte flâmeQue le temps ne peut ravir.

SAMECH. — Strophe.

Je hai d’une haine aussi forteCeux qui, sortant de leur devoir,Méprisent ton divin pouvoir,Qu’est grand l’amour que je te porte ;Mes maux ont leur soulagementAux biens que ta grace m’accorde,Et si je crains tes chastimens,J’espere en ta misericorde ;Que tous les esprits insensezQui se perdent dans la licencePuissent estre à jamais chassezDes lieux de mon obeissance.

Antistrophe.

Toy qui me combles de bien-faits,Toy qui me soutiens et consoles,Fay voir, grand Dieu, de tes parolesLes merveilles et les effets.Tes loix vivront dans ma memoire,Et d’un esprit illuminéJ’emploirai, pour chanter ta gloire,Le repos que tu m’as donné.Tu rens les esperances vainesDes grans desseins mal entrepris,Et fais que les ames hautainesTombent dans l’éternel mépris.

Epode.

De tout temps je fais la guerreA ces pecheurs obstinez,Et révere le tonnerreDont ils sont exterminez ;Voyant l’horreur de leur viceEt du rigoureux suppliceQu’ils souffrent incessamment,Mon ame à la fois revereDe son juge et de son pereLa grace et le chastiment.

AIIN. — Strophe.

Mon regne, exemt de tyranie,D’avarice et d’iniquité,Sans toy ne l’auroit pas estéDe la dent de la calomnie.Protege tes bons serviteursContre la langue enveniméeDe ces infames imposteursQui déchirent ma renommée,u vois mes yeux noyez de pleurs,Et says que ma longue tristesseAttend la fin de mes malheursDe ta grace et de ta promesse.

Antistrophe.

Enseigne-moy tes volontez,Si tu veux que je les publie,Et ne permets pas que j’oublieLes biens receus de tes bontez.Seigneur, quand mon esprit coupableEst captif des fers du peché,Que le tien le rende capableDrestre de ta grace touché.Il est temps de faire paroistreEt ta justice et ton pouvoir,Et que tu sais, comme le maistre,Ranger l’impie en son devoir.

Epode.

Seigneur, de tes loix divinesJe tire un plus grand thresorQue des plus fecondes minesOù brillent l’argent et l’or.C’est par elles que j’éviteL’abysme où nous precipiteL’heur du monde et ses douceurs,Et jamais ne me fourvoyeDans la dangereuse voyeOù se perdent les pecheurs.

PHE. — Strophe.

Tes loix ne trouvent point d’obstacles,Tout est soumis à leur pouvoir.Leurs effets ne font-ils pas voirTous les jours de nouveaux miracles ?C’est une doctrine sans prix,Qui, nous corrigeant de nos fautes,Eleve les plus bas espritsAux connoissances les plus hautes.C’est pourquoi mon entendementS’applique avecque patienceA connoistre profondementUne si parfaite science.

Antistrophe.

D’un œil d’amour et de pitiéVoy mon cœur bruslé de tes flâmes,Comme tu fais ces belles amesQui meritent ton amitié ;Que tes paroles toûjours saintesInspirent ma simplicité,Rassurent mes pas et mes craintesDans le chemin de l’équité.Tu vois, Seigneur, que la licenceDes vains contempteurs de la foiN’épand sa noire médisanceQue sur ton Eglise et sur moi.

Epode.

Que si jamais tu fais luireIci-bas ta verité,Mon esprit, pour se conduire,Ne veut point d’autre clarté.Aprés l’erreur infidelleOu ma raison criminelleVouloit jadis s’obstiner,Pour reparer mon offense,Il ne reste en ma puissanceQue des pleurs pour te donner.

TSADE.— Strophe.

Ton nom, de l’un à l’autre pole,A dissipé l’iniquité ;La justice et la veritéSont les œuvres de ta parole.Au mesme temps qu’elle expliquoitTes loix si justes et si bonnes,Ton Verbe ici-bas pratiquoitLes preceptes que tu nous donnes.Cette parfaite humilitéQu’eut son humanité soumiseét en horreur la duretéDes rebelles à ton Eglise.

Antistrophe.

Les saints preceptes de ta loy,S’imprimant dans les fortes ames,Feront épurer dans les flâmesTa seule et veritable foy.Les ennemis de l’innocenceEt de ta juste autoritéDe mon aveugle obeissanceMéprisent la simplicité.Ta justice sur les rebellesFera sans fin ouïr ta voix,Et tes veritez éternellesAffermiront tes saintes loix.

Epode.

C’est par ces hautes penséesQu’en la tristesse où je suisSont doucement effacéesLes causes de mes ennuis.De ta grace perdurableEspere le miserableLe salaire de sa foy.C’est elle qui luy fait croireQue, quand l’on meurt pour ta gloire,L’on revit aveque toy.

COPH. — Strophe.

Mon cœur, dans l’ennuy qui me presse,Desire, pour son plus grand bien,Que ton esprit inspire au mienTous les preceptes qu’il nous laisse.C’est à toy seul que j’ay recours :Ren moy ma premiere franchise,Et de plus en plus, tous les jours,Mon ame te sera soûmise.Epris de tes celestes feux,J’ay captivé dés mon enfance,Avec d’indissolubles nœuds,Ma liberté sous ta puissance.

Antistrophe.

Je sens dés mon premier réveilTa grace éclairer dans mon ame ;Tous les jours sa divine flâmeY previent celle du soleil.Soient mes prieres elevéesJusqu’en ton celeste sejour,Et soient dans mon cœur conservéesTa foy, ma vie et ton amour !Autant que mes peuples rebellesMéprisent mon juste pouvoir,Autant leurs esprits infidellesSont éloignez de leur devoir.

Epode.

Seigneur, quand tu nous visites,Tes soins, aux hommes cachez,Recompensent nos meritesOu punissent nos pechez.Ce qu’ordonne pour le mondeTa providence profondeEst la même verité,Et les loix de ta justicePour le chastiment du viceDurent à l’éternité.

RESC. — Strophe.

Jette les yeux sur ma misere,Et voy qu’en l’estat où je suisMon courage, accablé d’ennuis,Toûjours dans la foy persevere.D’un œil moins severe que douxSois le juge de mon offense ;Que ton legitime courrouxSe modere par ta clemence.Arme-toy de severitéContre les ames insenséesQui méprisent l’autoritéDes loix que tu nous as laissées.

Antistrophe.

Puisque, comme Pere et Sauveur,Ta bonté m’est toûjours propice,Ne dois-ie pas de ta justiceEsperer la même faveur ?Si j’ai contre ces infidellesLe secours que tu m’as promis,Tu verras bien-tôt les rebellesAu pied de mon throsne soumis.Plus dans leurs desseins illicitesIls s’estoient de toy revoltez,Plus aux loix que tu m’as prescritesJe soumettais mes volontez.

Epode.

Leur rage s’est assouvieA blasphemer contre toy.Maintien mon sceptre et ma viePour le maintien de la foy.La verité de ta boucheDans l’ame la plus farouchePrend la place de l’erreur,Et ta justice éternelleDans la troupe criminellePorte à jamais la terreur.

SCIN. — Strophe.

Des tyrans qui, dans ma misere,M’ont sans raison persecuté,J’en craignois moins la cruautéQue je ne faisois ta colere.Mon ame, au recit de tes loix,Ressent une aussi grande joyeQue si des plus puissans des roisJ’avois les couronnes en proye.Je deteste autant le pecheurQui cache sa noire maliceComme je cheris la blancheurD’un esprit exemt d’artifice.

Antistrophe.

Seigneur, je fais de ton amourMes plus agreables pensées ;Des loix que tu nous as laisséesJe m’entretiens sept fois le jour.Ceux qui les aiment et les suivent,Et ne s’en détournent jamais,Par le plus droit chemin arriventAu repos que tu nous promets.C’est par elles que tu dispenses,Aprés que l’on a combattu,Les legitimes recompensesDont tu couronnes la vertu.

Epode.

Je veux dans la vraye EgliseLes loix garder et cherir,Par qui mon ame est appriseA bien vivre et bien mourir.O toy qui de toutes chosesSais les motifs et les causes !Dans mon esprit tu connoisSi jamais j’eus de pensée,Dans ma jeunesse passée,Contraire à tes saintes loix.

TAU. — Strophe.

Seigneur, exauce ma priere,Et permets que ta veritéDissipe l’incredulitéQui me privoit de ta lumiere ;Enten mes cris, seiche mes pleurs,Pren pitié de nostre tristesse,Et, me dégageant des malheurs,Dégage envers moy ta promesse.Lors mes hymnes jusques aux cieux,A l’envi du concert des anges,Sur la lyre de mes ayeulsFeront éclatter tes louanges.

Antistrophe.

Lors l’on entendra dans les versProduits de mes pieuses veillesMa delivrance et tes merveillesDans les deux bouts de l’univers.Vien donc mettre fin à mes peines,O Père ! pren pitié de moy ;Conserve le sang dans mes veinesPour le répandre pour la foy.Que donque ton soin tutelaireFisse paroistre, en me sauvant,Quelle est la gloire et le salaireQue l’on remporte en te servant.

Epode.

C’est sous l’abri de tes aislesQue finissent nos mal-heurs ;C’est l’asyle des fideles,Ils n’en trouvent point ailleurs.Tel qu’est l’agneau qui s’égareAussi-tost qu il se sépareDu pasteur et du troupeau,Telle est l’ame qui mépriseL’union de ton eglisePoursuivre un sentier nouveau.

748 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources