Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxxive Pseaume
Qui confidunt, etc.
Ceux qui de l’Eternel ont la protectionSeront plus assurez que le mont de Sion,Car, lors que le plus haut il leve au ciel sa tête,C’est lors qu’il est le plus en butte à la tempeste ;Au lieu que ces esprits vraiment devotieuxQui de leur Createur sont les dignes images,Lors que par leur merite ils s’approchent des cieux.C’est lors qu’ils sont le plus à l’abri des orages.
Ces torrens, ces rochers, ces fosses, ces rampartsDont nous sommes sans art flancquez de toutes parts,Et dont l’abord affreux et l’attaque meurtriereDes plus vaillans guerriers creuse le cimetiere,Ne défendent pas mieux cette sainte citéDe l’armée idolâtre et des peuples rebellesQue les graces qu’on tient de la DivinitéDefendent du peché les ames des fidelles.
Ils conforment leurs mœurs aux anciennes loix,Ils sçavent respecter la majesté des rois,Et, dans l’oppression d’une injuste puissance,Ne cherchent leur repos que dans l’obeissance ;Et, fuyant ces esprits dont la presomptionCensure le pouvoir qui regit la province,Reverent sa naissance ou son élection,Et même dans le vice ils honorent leur prince.
Le Seigneur, qui les voit d’un aveugle devoirLeurs volontez soûmettre à l’absolu pouvoir,Leur donne de bons rois, amis de la justice,Qui n’exigent rien d’eux contraire à son service ;Et, sous des rois cruels, traite severementCeux dont l’ame de fer ne peut être fléchie,Et dont l’ambition s’ennuye égalementEt de la republique et de la monarchie.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources