Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
« Enfin la justice éternelle »
In convertendo Dominus, etc.
Enfin la justice éternelleNous tire de captivité,Et rend à sa troupe fidelleSa patrie et sa liberté ;Enfin, nos miseres passéesEffaceront de nos penséesL’ennui qu’elles avoient produit,Et n’en laisseront aucun resteQue comme d’un songe funesteQui nous quitte aveque la nuit.
Maintenant que, loin de l’Euphrate,Dans l’empire du Roi des roisL’excés de nostre joye éclattePar nos harpes et par nos voix,L’inhumanité de nos gesnesEt la pesanteur de nos chaisnesFeront jusques dans les enfersConfesser que tout est possibleA la force incomprehensibleDe la main qui brisa nos fers.
Telle qu’en la zone enflâméeAux longs jours des ardens estez,La chaleur du ciel alluméeRend les champs secs et desertez ;La terre y devient infertile,Elle n’y produit rien d’utileNi rien qui ne soit languissant ;La fougere, à demy rôtie,Y meurt avant qu’estre sortie,Et la mousse y brûle en naissant :
Telle étoit nôtre ame endurcieDans l’esclavage du pechéAvant que le sang du MessieEût été pour elle épanché ;Cette captive delaisséeN’avoit de joye en sa penséeQue du bon-heur qu’elle esperoit,Ni de jour dans la nuit du viceQue du soleil de sa justice,Qui brûloit plus qu’il n’éclairoit.
Mais dans le champ où sa largesseComble nôtre juste desir,Ceux qui sement avec tristesseY moissonnent avec plaisir ;Des jeusnes et des penitences,Des remords et des repentancesQue nous témoignons par nos pleurs,Vient cette semence fecondeQui nous produit, en l’autre monde,En tout temps des fruits et des fleurs.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources