Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxxviiie Pseaume
Sæpe expugnaverunt, etc. Cette paraphrase est de M. de Malherbe.
Les funestes complots des ames forcenéesQui pensoient triompher de mes jeunes annéesOnt d’un commun assaut mon repos offensé.Leur rage a mis au jour ce qu’elle avoit de pire ;Certes je le puis dire,Mais je puis dire aussi qu’ils n’ont rien avancé.
J’étois dans leurs filets, c’étoit fait de ma vie ;Leur funeste rigueur, qui l’avoit poursuivie,Méprisoit le conseil de revenir àsoy ;Et le coutre aiguisé s’imprime sur la terreMoins avant que leur guerreN’esperoit imprimer ses outrages sur moy.
Dieu, qui de ceux qu’il aime est la garde éternelle,Me temoignant contre eux sa bonte paternelle,A, selon mes souhaits, terminé mes douleurs.Il a rompu leur piège, et, de quelque artificeQu’ait usé leur malice,Ses mains, qui peuvent tout, m’ont dégagé des leurs.
La gloire des méchans est pareille à cette herbeQui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe,Croît sur le toit pourri d’une vieille maison :On la voit seiche et morte aussi-tôt qu’elle est née,Et vivre une journéeEst reputé pour elle une longue saison.
Bien est-il mal-aisé que l’injuste licenceQu’ils prennent châque jour d’affliger l’innocenceEn quelqu’un de leurs vœux ne puisse prosperer ;Mais tout incontinent leur bonheur se retire,Et leur honte fait rireCeux que leur insolence avoit fait soûpirer.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources