Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Cxxixe Pseaume
De profundis, etc.
Du profond des ennuis où tu m’as delaissé,Toujours à toy, Seigneur, je me suis adressé,Depuis le premier jour que ta colere dure.Si l’horreur des pechez dont je porte le faixT’oblige d’être aveugle aux peines que j’endure,Au moins ne sois pas sourd aux plaintes que je fais.
La licence du monde est si desordonnéeQue si par la rigueur elle est examinée,Qui se pourra vanter de faire son devoir ?Mais, Seigneur, ta bonté passe nôtre malice.Tu sais nôtre foiblesse, et sais que ton pouvoirParoît en ta clemence autant qu’en ta justice.
Aussi, soit qu’au matin l’astre de l’universNous découvre ici-bas ses ouvrages divers,Que la nuit envieuse offusquoit de son ombre,Ou soit qu’il se retire et que l’obscuritéAllume dans le ciel ses lumieres sans nombre,Mon ame de toy seul espere sa clarté.
Aprés tant de soucis et de plaintes funebres,Vien donc, mon grand soleil, dissiper les tenebresQu’a fait naître l’horreur de mes impietez.Tu feras dans mon cœur renaître l’assurance,Et feras qu’Israël, connoissant tes bontez,Y mettra comme moy toute son esperance.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources