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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxxxive Pseaume

Laudate nomen Domini, etc.

Racan· 110 vers

Ministres du Dieu tout-puissant,Célébrez son nom et sa gloire,Que sa grace dès en naissantImprima dans vostre memoire ;Conservez cette ardente foyPar qui vostre ame est hors de soyDans les grandeurs qu’elle contemple ;Et dont les soins devotieuxFont vivre vos corps dans son temple,Quand vostre esprit est dans les cieux.

Si les yeux de vostre raisonSont éblouis de sa lumiere,Entretenez vostre oraisonDe sa clemence coustumiere ;Admirez l’extreme bontéQu’il eut pour la posteritéDont Jacob honora la terre ;De ses enfans il fit les siens,Et dans la paix et dans la guerreLes combla d’honneurs et de biens.

Ce seul Dieu, dont le seul vouloirTourne les cieux sur les deux poles,Passe ces dieux dont le pouvoirN’est connu que dans les idoles ;Tout ce qu’admirent les humainsSont les ouvrages de ses mains ;Tout s’éclaircit par sa presence,Aux gouffres mesmes les plus creuxL’horreur luy rend obeissance,Et cesse de les rendre affreux.

Par les ordres qu’il a donnezS’élevent ces brouillars de l’ondeD’où les foudres, dés qu’ils sont nez,Tonnent sur les crimes du monde ;Mais, pour assurer nostre peur,Il convertit cette vapeurEn pluye aux moissons salutaireEt fait voir en un mesme jourLes menaces de sa colereEt les marques de son amour.

La rosée aux humbles valonsRéjouit les fleurs et les herbes,Cependant que les aquilonsBattent les pins des monts superbes ;C’est luy seul qui tient dans les fersEt qui relasche dans les airsCes ministres de la tempeste,Qui des chasteaux audacieuxArrachent et brisent le faisteQuand il est trop proche des cieux.

Ce fut par son ordre éternelQue le Nil a veû sa justiceSur tout un peuple criminelExercer un mesme supplice :Alors ses équitables mainsOccirent avec les humainsLes animaux dans leurs pascages,Faisant d’un sort commun à tousDes premiers nez de ses rivagesLes victimes de son courroux.

Mais cette juste afflictionN’a point sa colere adoucie,Ni touché cette nationToûjours dans son vice endurcie.Fit-il pas voir dans les combats,Par tant de sceptres mis à basDes tyrans les plus redoutables,Qu’à nous, comme à nos ennemis,Ses decrets sont irrevocables,Et qu’il tient ce qu’il a promis ?

De Sehon et d’Og, ces guerriersPlus redoutez que la tempeste,La gloire augmente nos lauriers,Et les estats nostre conqueste ;Et de ces nombreux combattans,De ces formidables TitansQui portoient le front dans la nuë,De ces monstres bouffis d’orgueil,La hauteur n’est plus reconnueQu’en la longueur de leur cercueil.

Seigneur, c’est l’œuvre de ton bras ;Toy seul gagnas cette victoire,Et les siecles les plus ingratsEn conserveront la memoire ;La défaite de tant de rois,Tant d’estats soumis à tes loix,Feront admirer ta puissance,Qui, se joignant à ta bonté,A seu terrasser l’arroganceEt relever l’humilité.

L’homme en vain se forge des dieux,En vain son ame en est imbuë :Ils ont une bouche et des yeux,Et n’ont ni parole ni veuë ;L’on implore en vain leur secours,Ils sont insensibles et sourds,Leurs oreilles sont inutiles.Que tous ceux qui leur font des vœuxPuissent devenir immobiles,Aveugles et muets comme eux !

D’Israël, Aron et LeviLes fils, vouez à son service,Offrent dans son temple à l’enviLeur encens et leur sacrifice ;Qu’ils rendent grace en ce saint lieuDes biens que le seul et vray DieuRépand sur Sion d’heure en heure :Pour estre adoré de nous tousN’a-t-il pas choisi sa demeureDans Israël aveque nous ?

110 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources