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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxxxve Pseaume

Confitemini Domina, quoniam bonus, etc.

Racan· 146 vers

Il faut, peuples éleus, que vos ames uniesDans les loix du Seigneur bornent leur volonté,Et celebrent sans fin les grandeurs infiniesDe celuy qui pour vous est la mesme bonté :Car la misericordeQue la clemence accordeA tous égalementDure éternellement.

C’est le seul qui là haut fait gronder le tonnerre,C’est le seul dont le throsne est audessus des cieux ;C’est le seul qui regit les grandeurs de la terre,Que le peuple idolatre a mis au rang des dieux :Et la misericordeQue, etc.,

Admirons sa puissance et sa bonté profonde.Il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ;Ceux qui dans leur empire avoient borné le mondeNe tenoient que de lui leur gloire et leurs honneurs ;Et la misericordeQue, etc.,

Que nos yeux et nos cœurs admirent les merveillesDu maistre et de l’auteur de tout cet univers ;Il est le seul ouvrier des œuvres nompareilles,Le seul de qui la gloire est digne de nos vers ;Et !a misericordeQue, etc.,

Lors qu’au ciel il rangea ces feux dont l’influenceNous marque les decrets de sa divinité,Il ne fit qu’accomplir ce que sa prescienceTraçoit dans l’infini de toute éternité ;Et la miséricordeQue, etc.,

Bien qu’au milieu des flots la terre soit fondée,Elle demeure ferme en leurs débordemens,Non tant par les rochers dont leur rive est bordéeQue par l’ordre prefix de ses commandemens ;Et la misericordeQue, etc.,

Ces feux d’or et d’argent, ces deux grans luminaires,Qui des ans et des mois ont le temps limité,Par son ordre éternel font leur cours ordinaire,Et de lui seulement empruntent leur clarté ;Et la misericordeQue, etc.,

Celui dont nous tenons la flâme et la lumiere,Et qui de la nature est l’ame et l’entretien,Ce superbe flambeau, quand il fait sa carriere,Ne souffre point là haut d’autre feu que le sien ;Et la misericordeQue, etc.,

Mais l’astre de la nuit, qui ne luit que dans l’ombre,Et qui fait dans le ciel son cours plus diligent,Aime à voir ses sujets, qui sans ordre et sans nombre,Lui viennent rendre hommage en son throsne d’argent ;Et la misericordeQue, etc.,

Honorons son pouvoir, celebrons sa louange :Par lui nos ennemis furent exterminez.N’a-t-on pas veû le Nil, par le glaive de l’ange,Se grossir et rougir du sang des premiers nez ?Et la misericordeQue, etc.,

L’excés de son amour, qui tout autre surpasse,Et son juste courroux, de nos larmes touché,Briserent à la fois, en nous rendant sa grace,Les fers de Pharaon et les fers du peché ;-Et la misericordeQue, etc.,

Dans ces rares effets qui sembloient impossibles,L’on connoît le pouvoir du monarque des cieux ;Sa bonté fait fléchir les cœurs les moins sensibles,Et son bras surmonter les plus audacieux ;Et la misericordeQue, etc.,

Lors que les siens fuyoient la mort et l’infamie,Les dangers les tenoient de toutes parts enclos ;Ils avoient à leur dos la phalange ennemie,Ils avoient à leur front les abismes des flots ;Et la misericordeQue, etc.,

Afin de rassurer ces troupes effrayées,Du profond ocean les flancs sont entre-ouverts,Et sur son large sein les vagues reployéesLeur laissent voir à nud les graviers decouverts ;Et la misericordeQue, etc.,

Elles passent la mer, ces genereuses ames,Les abismes profons les sauvent du trépas ;Au lieu mesme où les flots écument sous les rames,Les sables font voler la poudre sous leurs pas ;Et la misericordeQue, etc.,

Du camp de Pharaon, qui couvre le rivage,La barbare fureur leur perte resolut ;Mais, en les poursuivant, il trouva son naufrageAu lieu mesme où leur fuite assura leur salut ;Et la misericordeQue, etc.,

De ce roi, qui de tout croyoit se rendre maistre,La vie et les desseins tombent en mesme lieu,Et les flots refermez lui firent bien connoistreQu’ils ne respectoient point d’autre maistre que Dieu ;Et la misericordeQue, etc.,

Celui qui loin du Nil les fondemens prepareAu throsne vagabond de sa chere SionLui veut servir de guide en ce climat barbare,Et la prendre par tout en sa protection ;Et la misericordeQue, etc.,

De plus de trente rois les forces s’assemblerent,Resolus d’empescher son établissement ;De plus de trente rois sous les armes tomberentLes corps ensanglantez au fond du monument ;Et la misericordeQue, etc.,

Ici le fier Sehon, au front de sa bataille,Meurt dessous les boucliers de ses Amorreans ;Là fut porté par terre Og, celui dont la tailleFaisoit voir qu’il sortoit de race de geans ;Et la misericordeQue, etc.,

Sion en ce grand jour s’est ouvert le passagePar un chemin pavé de picques et d’escus,Sion de sa conqueste a fait son heritage,Gras encore du sang de tant de rois vaincus ;Et la misericordeQue, etc.,

Ces peuples esperoient que la force des armesEn ce juste combat les combleroit d’honneur ;Mais en tous leurs malheurs ils n’avoient que leurs larmesQu’ils pussent opposer au courroux du Seigneur ;Et la misericordeQue, etc.,

En les tirant des fers de ce peuple profane,Il leur donne en un mets tous les mets à choisir,Les servant à souhait d’une abondante manne,Qui ne prenoit son goût que de leur seul desir ;Et la misericordeQue, etc.,

Aprés tant de bien-faits, aprés tant de merveilles,Aprés tant de bontez qu’il témoigna pour vous,Devez-vous pas sans fin celebrer en vos veillesSon amour et sa gloire, et reconnoistre tousQue la misericordeQue, etc.,

146 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources