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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Cxxxixe Pseaume

Eripeme, Domine, etc.

Racan· 54 vers

Delivre-moi, Seigneur, delivre mes provinces,De ceux qui, méprisans l’autorité des princes,Font contre eux seulement paroistre leur valeur,Et dont la cruauté se baigne dans les larmes,Se rit de ma douleur,Et n’a point de repos qu’au milieu des alarmes.

Tels que ces animaux dont nature se jouë,Qu’une pluye orageuse éleve de la bouë,Par la corruption de la terre et de l’air :Un mesme jour les voit paroistre et disparoistre,Lors que le temps plus clairDissipe les broüillars qui leur a donné l’estre ;

Tels ces nouveaux tribuns qui s’élevent aux villesDans les émotions des tempestes civilesSont veus pour quelque temps parez d’un faux honneur ;Mais, lors que parla paix la discorde est calmée,Aveque leur bon-heurL’on voit s’evanouïr leur vaine renommée.

Preserve-moi, Seigneur, de ces petits viperesQui sont dés en naissant les meurtriers de leurs peres,Détruisans de leur roi la juste autorité ;Qui dégorgent leur fiel dans l’ennui qu’ils nous donnent,Et dont l’iniquitéSe nourrit du venin dont ils nous empoisonnent.

Je voy de toutes parts éclorre les malicesQu’ont depuis si long-temps couvé leurs artifices ;Jusqu’au fond de leur cœur tu les a pû sonder :Quoique tous leurs complots ont conspiré ma perte,Toy seul me peux garderDe leur haine cachée et de leur force ouverte.

Fay, Seigneur, que les rangs des phalanges pressées,Qu’on voit de toutes parts de picques herissées,Puissent de leur fureur diminuer l’excès,De peur que, réchaufant leur longue malveillance,Quelques heureux succesDe leur temerité augmentent l’insolence.

Fay retomber sur eux le mal qu’on me prepare ;Efface pour jamais de ce peuple barbareDans l’ombre de l’oubli les crimes solemnels,Et qu’aux fournaux ardens que les enfers allumentPour les grans criminelsIls brûlent sans relasche et jamais ne consument.

Que leurs longues douleurs vainquent leur patience ;Qu’à ceux qui de raisons, contre leur conscience,Défendent les erreurs qui regnent ici-bas,Fay que le souvenir de leurs fautes passéesPuisse jusqu’au trépasD’un remors éternel bourreler leurs pensées.

Fay leur voir que ta main de foudres n’est arméeQu’afin de maintenir l’innocence opprimée,Pour obliger les tiens à louer tes bontez,Jusqu’à tant que, du monde obtenant la victoire,Tu les auras contezAu rang de tes sujets en ton regne de gloire.

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources