Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Iie Pseaume
Quare fremuerunt gentes, etc.
Où courent ces mechans ? De quelle aveugle erreurVeulent-ils exercer leur rebelle fureur ?Quel orgueil les anime ?Dieu, qui dés potentats est l’eternel appuy,Punit ce que l’on fait contre un roy legitimeComme fait contre luy.
Ils disent, enyvrez de leur temerité :« Secoüons nostre joug, domptons l’autoritéQui maintenant nous dompte. »Mais l’Eternel mettra leur audace à mepris,Et d’un si vain complot ils n’auront que la honteDe l’avoir entrepris.
Ennemis du Seigneur, qui son oint opprimez,Quand ses yeux et ses bras vous paroistront armezD’eclairs et de tempestes,De quels ruisseaux de pleurs le rapaiserez-vousPour faire detourner de vos coupables testesLes traits de son courroux ?
Vous ne le verrez plus touché du sentimentQu’il a quand sa bonté plaint de son châtimentLa juste vehemence :Vos crimes ont banni la pitié de son cœur,Et luy feront changer son extréme clemenceEn extreme rigueur.
Pouvez-vous ignorer que c’est luy dont les loixFont qu’avecque respect l’orgueilleux front des roisLuy rend obeissance ;Que c’est celuy qui tient la foudre dans les mains,Et qui peut, quand il veut, me donner la puissanceQu’il a sur les humains ?
Ce Dieu, dont vous tenez l’estre et la verité,M’a dit : « Je veux, mon fils, que ton autoritéSoit par tout reverée.Tu m’es egal en tout, et le seras sans fin ;Je t’engendre en ce jour d’eternelle durée,Qui n’a point de matin.
Depuis les bors du Nil jusques au Tanaïs,Les peuples soûmettront leurs cœurs et leur païsA ton regne paisible,Et resisteront moins les sceptres de là-basQue des vases de terre, à l’acier invincibleDont j’armerai ton bras. »
Princes, dont la grandeur se veut faire adorer,Abaissez vostre orgueil ; souffrez sans murmurerLa loy qu’il vous enseigne,Et qu’un libre respect face paroistre en vousL’aise que vous avez de vivre sous un regneAussi juste que doux.
Lors que Dieu courroucé vous tournera le dos,Qu’en des feux sans lumiere, en des nuits sans repos,Vous expierez vos vices,Ceux qui l’ont fait l’objet de leur affectionTrouveront leur salut, leur gloire et leurs delicesEn sa protection.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources