Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Iiie Pseaume
Domine, quid multiplicati sunt, etc.
Seigneur, qu’il s’eleve de mondeContre l’Estat et contre moy,Sur l’assurance où l’on se fonde,Que je suis delaissé de toy !L’on a cette creance vaine,Que l’autorité souveraineNe sauroit plus se maintenir,Que son propre fardeau l’accable,Et que ton bras infatigableSe lasse de la soustenir.
Troublé de ces complots funestes,Lors que j’implore ton secours,Au travers des voûtes celestesTu m’entens et m’aides toûjours ;Et ces influences divines,Tout ce que là haut tu domines,Ces dignes sujets de tes soins,N’empeschent point ta main, arméePour la monarchie opprimée,D’estre preste à tous mes besoins.
Quelque rumeur qu’à mes oreillesFace eclatter cet attentat,Je dors en repos quand tu veillesPour le salut de mon Estat ;Ta dextre affermit ma couronne,Et la troupe qui m’environne,Soient amis ou soient ennemis,Ne me peut servir ni me nuire :Toy seul peux sauver et detruireLe sceptre que tu m’as commis.
Si pour moy ta grace est flechie )Ces mutins, ces lyons ardens,Pour déchirer la monarchieN’auront plus d’ongles ni de dens ;Ton support calmera nos craintes,Fera voir nos cris et nos plaintesSe changer en remercimens,Les delices combler nos vies,Et nos plus ardentes enviesS’eteindre en nos contentemens.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources