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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le live Pseaume

Exaudi, Domine, orationem, etc.

Racan· 96 vers

ODieu, qu’en mes besoins jour et nuit je reclame,Qui voit pour mes pechez les peines que mon ameSouffre sans murmurer,Permets que ta clemence, à mes desirs propice,Accorde à mon remords ce que de ta justiceJe ne puis esperer.

La haine des méchans m’est injuste et fatale,J’en voy déjà sortir la Mort sanglante et pasleQui s’approche de moy ;Le glaive est dans sa dextre, et déjà la cruellePour me saisir le cœur fait marcher devant elleLa tristesse et l’effroy.

Je connois que mon crime est cause des alarmesQui ne couvrent l’Etat que de sang et de larmesEt d’actes inhumains ;Et dis, environné de troupes infidelles :« Que n’ay-je du pigeon l’innocence et les aisles,Pour sortir de leurs mains ?

« J’irois passer ma vie en une solitude,Pour fuir des méchans et de l’inquietudeQui me suit en tout lieu.Le vice est si commun dans le siecle où nous sommesQue je suis assuré qu’en m’éloignant des hommesJe m’approche de Dieu. »

Voy, Seigneur, en pitié les miseres publiques,Dissipe pour jamais de ces ames tragiquesLe funeste attentat ;Fay descendre sur nous tes graces éternelles,Et la division dans ces troupes rebelles,Qui divisent l’Estat.

L’on n’oit sur nos remparts vomir que des blasphèmes,Les comptenteurs des loix et des pouvoirs suprémesFont garde sur nos tours ;L’impieté produit la licence et l’audace,L’avarice a logé l’usure dans la placeEt dans les-carrefours.

Que si de ce méchant la rage enveniméeM’eust fait la guerre ouverte en commandant l’arméeD’un contraire parti,Et que ce traistre eust mis sa haine en évidence,Quelque puissant qu’il fust, la force ou la prudenceM’en eussent garanti.

Mais, dans cet attentat si noir et si visible,Ce qui rend dans mon cœur plus grande et plus sensibleSa persecutionEst que ce factieux dont j’ai receu l’offenseAvoit dans mon Estat partagé ma puissanceEt mon affection.

Que tes foudres, portez sur le dos des orages,Confondent aux enfers ceux de qui les couragesN’ont rien de belliqueux ;Leur maison de tout temps est l’asyle du vice,Et semble que l’orgueil, l’envie et l’avariceY naissent avecque eux.

Pour moy, dans les ennuis dont ma vie est atteinte,C’est au Dieu tout-puissant à qui je fais ma plainteD’un cœur triste et contrit ;Et, que le jour paroisse, ou que la nuit l’efface,Je n’ay point de clarté que celle que sa graceInspire en mon esprit.

Le seul roy qui regnoit avant l’estre des âgesConfondra de ces cœurs si fiers et si sauvagesLes funestes complots ;Et son bras, seul ouvrier des œuvres merveilleuses,Rangera sous ses loix ces troupes orgueilleuses,Qui troubloient mon repos.

Mais d’un bon sentiment ils ne sont point capables ;Quoique Dieu leur inspire, ils demeurent coupables,Et tout leur est suspect ;Mesme des chastimens la juste violenceNe peut faire regner, où regne l’insolence,La crainte et le respect.

Dans le mépris des loix l’on a veû ces perfidesFaire contre leur Roy, de leurs mains parricides,Des actes odieux ;Le Seigneur leur pardonne, il reçoit leurs victimes,Il les remet en grace, il efface leurs crimes,Et se rapproche d’eux.

L’huile vierge n’est point plus douce et plus coulanteQue fut pour adoucir cette troupe insolenteLa voix du Tout-Puissant,Et leur fleche n’est point si perçante et si dureQu’est leur langue d’aspic, lorsque leur impostureDéchire l’innocent.

Mais atten, mon esprit, avecque patience,Ce que son équité, ses loix, sa patience,De tout temps ont promis ;Il te consolera des peines que tu souffres,Et fera dans la terre, au plus creux de ses gouffres,Perir tes ennemis.

De ces ames de sang aux meurtres adonnéesOn verra dans le sang retrancher les années,Au milieu de leurs cours ;Mais, si j’ay pour appuy ta bonté paternelle,Verray-je pas, Seigneur, ta lumiere éternelleMultiplier mes jours ?

96 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources