Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Liiie Pseaume
Deus, in Domine tuo,etc.
Seigneur, encore un coup détourne la tempesteQui menace ma teste ;Nos ennemis communs conspirent contre moy.Des forces d’icy-bas je ne puis rien attendre ;A toy seul j’ay recours, je n’espere qu’en toy,Toy seul me peux défendre.
Ces legions en haye au devant de mes portes,Ces nombreuses cohortes,Dont la pompe guerriere a tant d’admirateurs,Ces marques de grandeur si fieres et si belles,Donnent plus de respect à mes bons serviteursQue de crainte aux rebelles.
J’opposerois en vain les puissances humainesA ces ames hautainesDe qui jamais le ciel ne reçoit aucun vœu,Et dont les yeux, ouverts quand le tonnerre gronde,Semblent braver l’éclair qui menace du feuL’impieté du monde.
Contre ces furieux ton secours invisibleRend mon sceptre invincible,Et le met en estat de n’apprehender rien ;Tu renchaînes les vents, tu dissipe l’orage,Et ton pouvoir conserve, en conservant Te mien,Son œuvre et son image.
Ta justice a déjà creusé leur precipice,Et de mon sacrificeUni la pure flame à tes celestes feux ;Et sur ces orgueilleux j’auray cet avantage,Que, de dessus le port où j’accomplis mes vœux,Je verray leur naufrage.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources