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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxie Pseaume

Nonne Deo subjecta, etc.

Racan· 48 vers

Je n’apprehende point la haine ni l’envieQui contre mon honneur, mon Estat et ma vie,Ont soulevé mon peuple tant de fois ;Quoy qu’on ose par ruse ou par force entreprendre,L’esprit sage et puissant qui veille pour les roisM’en saura bien défendre.

A quoy sert d’employer l’artifice et la forcePour abatre un vieil tronc qui n’a plus que l’écorceEt que les vers rongent de toutes parts ?A quoy sert d’employer et la sape et la minePour combler des fossez et battre des rempartsQui tombent en ruine ?

Ils taxent mon esprit et mon corps de foiblesse ;Dans l’injuste dédain qu’ils ont de ma vieillesse,Leur jugement ne revient point à soy,Et, sous le vain éclat qui brille en ma couronne,Leur lasche flaterie, en estimant leur roy,Mesprise ma personne.

Et toutefois, mon ame, aprés ces longues peines,Il faut avoir recours aux grandeurs souverainesD’un Dieu tout bon, qui t’offre son appuy ;L’univers n’est regi que par sa providence :Il faut plutost fonder ton esperance en luyQu’en l’humaine prudence.

Ce n’est point par mon bras que j’obtiens la victoire ;Je tiens de sa bonté mon salut et ma gloire,Et mon malheur de son juste courroux.Peuples à qui l’ennny rend la vie importune,En imitant ma foy, vous m’imiterez tousEn ma bonne fortune.

Mais, toutefois, combien que les esprits des hommesNaissent tous malheureux dans le siecle où nous sommes,Ils ne sauroient quitter leur vanité ;Sa pesanteur en eux a tant de violenceQu elle emporte souvent le poids de l’équitéDans leur fausse balance.

Dans le soin trop ardent d’acquerir des richesses,Gardez de vous servir de ces lasches finessesOù le parjure à la fraude se joint ;Tous ces biens amassez d’une main infidelleN’ont rien de permanent, et ne nous suivent pointEn la vie éternelle.

C’est-là que le Seigneur à jamais nous accordeEt sa protection et sa misericorde,Pour nous sauver des malheurs d’icy bas ;C’est-là qu’également sa bonté tutelaireDépart à ses enfans, aprés tant de combats,La peine et le salaire.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources