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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxive Pseaume

Te decet hymnus, Deus, in Sion, etc.

Racan· 60 vers

Dieu tout-puissant, puisque tu veuxDans Sion recevoir les vœuxEt les hymnes à ta louange,Quels peuples, s’ils ne sont depourvus de raison,Ou des rives du Tage, ou des rives du Gange,Ne viendront à la foule offrir leur oraison ?

Si ceux qui servent aux faux dieuxPar leurs discours pernicieuxQuelquefois ébranlent mon ame,Ton esprit, qui la sait de tes graces munir,A la seule foiblesse en impute le blasme,Et de l’erreur éteinte éteint le souvenir.

Bienheureux seront tes eleus,Ces grans courages resolusQue l’amour de la gloire inspire !Ils seront assurez de jouir avec toyDes thresors dont ta grace enrichit son empire,Où tu rends l’équité compagne de la foy.

Grand Dieu, qui fais naistre et calmer,Et sur la terre et sur la mer,Nostre crainte et nostre assurance,Preste l’oreille à ceux qui reverent tes loix,Dont ta misericorde est la seule esperance,Et dont le cœur ouvert est conforme à la voix.

Par toy les monts audacieuxContre la colere des cieuxExposent leurs testes chenues ;Les tonnerres par toy se forment dans les airs ;Par toy l’orgueil des flots s’éleve dans les nuësEt semble s’efforcer d’éteindre les éclairs.

Tous les peuples de l’universS’estonnent des effets diversDe ta main juste et souveraine :Elle opere en tous lieux toute chose à propos ;Aux esprits affligez de tristesse et de peine,Le jour leur rend la joye et la nuit le repos.

Ta providence égalementDispense generalementL’eau qui rend la terre feconde ;Et ta source de grace, où la foy se nourrit,En ruisseaux infinis s’épand pour tout le monde ;Elle coule sans cesse et jamais ne tarit.

La pluye, en maints petits bouillons,Tombe et jaillit sur les sillonsAu retour des saisons nouvelles ;Tout abonde en tout tems des biens que tu produis,L’esté pave les champs de nombreuses javelles,Le printemps a des fleurs et l’automne des fruits.

Les plus durs rochers des desertsSont de fleurs et d’herbes couvertsComme les plus gras pasturages ;Et des fines toisons qui vestoient nos brebis,Dans sa loge paisible, à l’abry des orages,Le pasteur voit filer le drap de ses habits.

Les marais les plus noyez d’eauxProduiront, au lieu de roseaux,Le fourment à pleines faucilles ;Tes liberales mains enrichiront les tiens,Et feront qu’à jamais leurs heureuses famillesBeniront le pouvoir qui les comble de biens.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources