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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxxie Pseaume

Deus, judicium tuum, etc.

Racan· 117 vers

Toy qui, de toute éternité,Sur tes plus glorieux modellesPrepares au Roy des fidellesUne illustre prosperité,Beny du dauphin la naissance ;Que, pour l’appuy de l’innocence,De la justice et de la foy,Il témoigne dés son enfanceUn courage digne d’un roy.

Que, sur les monts audacieux,Les orgueilleux fils de la terreSe lassent de faire la guerreContre la puissance des cieux,Et, par des conseils plus utilesQue ceux dont nos rages civilesArment la dextre des méchans,Ils mettent la paix dans nos villesEt l’abondance dans nos champs.

Qu’à ceux que la necessitéRend esclaves de la fortuneIl rende sa bourse communeD’une liberale équité ;Que le bon ange qui l’inspireLuy donne tout ce qu’il desireDans la paix et dans les combats,Et qu’il unisse à son empireTous ceux des tyrans d’ici bas.

Les astres des ans et des moisCesseront d’éclairer le mondeQue l’on verra la terre et l’ondeObeïr à ses justes loix ;Ses fils acheveront l’ouvrageDe son invincible courage,Et, sous des lauriers toûjours vers,Donneront jusqu’au dernier âgeDes monarques à l’univers.

Aux ardeurs d’un trop long esté,L’eau de l’égail et de la pluye,Qui dans la plaine, qui s’ennuye,Redonne la fecondité,N’est point aux fleurs plus profitablePlus douce ni plus souhaitable,Qu’est au peuple de ce lieu saintD’estre sous le regne équitableD’un roy qui t’aime et qui te craint.

Son pouvoir durera toûjours,Et de son illustre fortune,Moins inconstante que la lune,Le croissant sera sans decours ;Et, quand la Paix et la JusticeAuront soumis à son serviceL’onde et la terre en leurs deux bouts,Son pouvoir, dissipant le vice,Sera craint et cheri de tous.

C’est par la valeur de son brasQue la bruslante EthiopieVerra son audace assoupieBaiser la terre sous ses pas ;Les rois de Tharsis dans nos villesPorteront des thresors utiles,Magnifiques et de grand prix,Et l’Arabie aux champs sterilesDu storax et de l’ambre-gris.

Tous les princes, ravis de voirSa clemence aprés la victoire,Mettront leur principale gloireD’estre soûmis à son pouvoir.Ceux qui sont vaincus par les armesEn ses bontez trouvent des charmesDont leurs ennuis sont soulagez,Et par elles cessent les larmesDes esprits les plus affligez.

D’une paternelle amitié,Ce roy clement et secourableAux cris du peuple miserableSe rendra sensible à pitié.Les conquestes qu’il a conceuësN’auront que d’utiles issues,Et ses ambitieux projetsNe gorgeront point nos sangsuësDu meilleur sang de ses sujets.

L’histoire et nostre souvenirPubliront aux races futuresSes glorieuses avantures,En tous les siecles à venir ;Ils rendront la terre amoureuseDe sa puissance genereuse ;Et le Jourdain en ses deux bordsAura de l’Arabie heureuseLes delices et les thresors.

Du fourment à l’espic doréPasseront les fertiles gerbesLa hauteur des cedres superbesDont le Liban est decoré.Son nom et sa bonté profondeSeront benis par tout le monde ;Et des astres et du soleilN’éclairera la course rondeJamais rien qui luy soit pareil.

Les plus barbares nationsDont la terre soit habitéeA sa vertu par tout chantéeDonneront leurs affections.Les moissons à pleines faucillesCombleront de biens nos familles ;Et les plus braves, déconfits,Craindront les attraits de nos fillesEt le courage de nos fils.

Donc, du seul Roy des immortelsConservons sans fin la memoire ;Confessons qu’à sa seule gloireL’on doit des vœux et des autels,Qu’en accomplissant les oraclesIl surmonte tous nos obstacles,Que sa puissance est nostre appuy,Et que, s’il se fait des miracles,Ils ne proviennent que de luy.

117 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources