Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Lxxive Pseaume
Confitebimur, etc.
Seigneur, nous voulons que nos versRecitent par tout l’universDe tes faits merveilleux la veritable histoire,Et que de nostre souvenirLes plus obscures nuits des siecles à venirNe puissent effacer les clartez de ta gloire.
Celuy qui de tous les mortelsReçoit les vœux à ses autelsNous a dit de la nuë où gronde le tonnerre :Je connois de tous le defaut,Et quand le temps viendra, je jugeray là haut,Ceux qui devant le temps vous jugent sur la terre.
Je puis, par mes commandemens,En ébranler les fondemens ;Je puis dans sa rondeur disposer des couronnes :Depuis l’estre de l’universQue j’arrestay son poids dans le vague des airs,Mes seules volontez sont ses fermes colomnes.
J’ay dit à ces audacieuxQui s’élevent jusques aux cieux,Et qui n’ont de grandeur que celles de leurs crimes :Insensez, ne differez plusA ployer sous le joug des pouvoirs absolus,Que le choix du Seigneur a rendus legitimes.
Il punit la temeritéQui contre leur autoritéEsmeut dans les Estats les tempestes civiles ;Il les rend, quand il est pour eux,Sur l’Euphrate et le Tage également heureux,Non moins dans les deserts qu’aux campagnes fertiles.
C’est luy dont les fatales mainsTerracent l’orgueil des humains,Et relevent là haut celuy qui s’humilie,Reçoit ses eleus dans le ciel,Et prepare aux enfers un breuvage de fiel,De qui les reprouvez boiront jusqu’à la lie.
Pour moy, de bon cœur je prometsDe chanter sa gloire à jamais,Sa bonté, sa splendeur et sa magnificence ;C’est celuy seul de qui le brasSait abaisser la corne aux grandeurs d’icy bas,Et relever là haut l’umble et foible innocence.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources