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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxxxiie Pseaume

Deus, quis similis, etc.

Racan· 80 vers

Otoy, qui seul es sans pareil,Et qui seul aux hommes dispensesPar ton seul et sage conseilLes peines et les recompenses,Assez l’on connoist ta bontéA tirer de captivitéLa troupe des ames fidelles :N’est-il pas temps de faire voirEt ta justice et ton pouvoirAu chastiment de ces rebelles ?

Ces ennemis de mon reposVont faire éclater leur orage ;Ils témoignent dans leurs complotsPlus de ruse que de courage.Pour nous ruiner de tout point,Déja l’Ismaélite a jointLes habitans-de l’Idumée,Et desirent, dans leur fureur,Que par la force ou par l’erreurTon Eglise soit opprimée.

Les fleches des Agariens,Les traits et les dards pesle-mesleDe Moab et des TyriensTombent sur nous comme une gresle ;D’Ammon, de Gebal, d’Amalec,Le peuple, en arme à nostre aspect,A toute la plaine couverte ;D’Assur et Loth, chefs des mutins,Sont portez par les Philistins,Et tous conspirent nostre perte.

Quand sera-ce qu’on les verraFoudroyez des mesmes tempestesQue Madian et SisaraVirent éclater sur leurs testes ?Le camp de Jabin fut-il pasAu bord de Cison mis à basPar ton bras armé du tonnerre ?Leurs riches harnois dans EndorFaisoient-ils pas éclater l’orQuand leurs corps fumoient nostre terre ?

Oreb, Zebée et SalmanaPerdirent, quoi qu’ils fussent princes,Quand Gedeon les déthrôna,La vie avecque leurs provinces.Ces tyrans, de l’honneur jaloux,Pensoient augmenter contre nousLeurs thresors, leur force et leur gloire ;Et déja, d’un esprit leger,Ils proposoient de partagerLe butin avant la victoire.

Mais, grand Dieu, fay que ton pouvoir,Qui de nos fortunes se jouë,Mette la leur et leur espoirAu plus bas degré de la rouë ;Et, tel qu’au caprice du ventS’envole le sable mouvant,Telle passe leur entreprise ;Et que les flots de leur erreurEscument en vain leur fureurContre le roc de ton Eglise.

Que si la foudre égalementPeut, comme au chaume des campagnes,Porter la flame en un momentDans les bois et dans les montagnes,Comble-les d’un mortel effroy ;Grand Dieu, venge-nous, venge-toyDe leur inique tyrannie ;Et que ton bras, toujours vainqueur,Grave en mesme temps dans leur cœurLa terreur et l’ignominie.

Fay que, dans ce triste penserDe leur défaite et de leur crime,Leur orgueil se puisse abaisserSous la puissance legitime ;Que tes merveilles en tout lieuLeur fassent voir qu’il est un Dieu,Qui forme et lance le tonnerre,Et qu’à toy seul, qui nous maintient,Le nom de Seigneur appartientDu ciel, de l’onde et de la terre.

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources