Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Lxxxie Pseaume
Deus stetit in Synagoga, etc.
Vous de qui l’interest est le principal soin,Senat où le bon droit croit trouver son refuge,Apprenez qu’ici bas vous avez pour témoinCeluy qui dans le ciel doit estre vostre juge.
Souffrirez-vous toûjours que ces esprits malinsPar ruse ou par faveur corrompent la justice ?Ces vautours engraissez du sang des orphelinsN’assouviront-ils point leur gloutonne avarice ?
Que vos graves arrests leur fassent ressentirQue vos ames n’ont rien de bas ni de servile,Et que par leur clarté se puissent garantirDe leurs pieges couverts la vefve et le pupile.
Sur l’Eglise et sur vous la prudence des roisPose les fondemens de leurs pouvoirs suprémes ;Pour peu que vous panchiez sous le fardeau des loix,Nous voyons sur leur front pancher leurs diadèmes.
Ce long habit de pourpre et ce grave ornement,Qui vous égale aux dieux dans le siecle où nous sommes,Ne vous empéche point, au fond du monument,D’estre mangez des vers comme les autres hommes.
Grand Dieu, quand tu les vois, envieillis dans le mal,D’une fausse candeur couvrir leur artifice,Leve-toy de ton thrône, et, sur le tribunal,Vien te mettre en leur place, et nous rend la justice.
Que l’on t’y voye armé de foudres et d’éclairs,Que ton autorité s’y monstre toute entiere,Prononçant tes arrests, pour les rendre plus clairs,De ceste mesme voix qui crea la lumiere.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources